|
Saint Jean de la Croix
La grande épreuve
|
Après le départ de la fondatrice, Jean et son compagnon
restent à Avila. Mais depuis le chapitre de Plaisance, l’orage
gronde contre la jeune réforme. Au cours de la nuit, un groupe
de carmes chaussés enfoncent à grands coups la porte de
la maisonnette des déchaux, qu’on emmène comme des
criminels. Jean se laisse faire, heureux de pâtir pour le Christ.
En grand secret, on le conduit au couvent de Tolède qui domine
le Tage. Tous les châtiments prévus pour les rebelles lui
sont infligés en vue de le contraindre à renier la réforme.
Mais rien ne parvient à fléchir le petit moine. On l’enferma
alors dans un placard où ne pénètre qu’un mince
filet de lumière. Il y demeurera neuf mois.
Déjà longuement purifié, Jean de la Croix sent brûler
en lui le désir angoissé de posséder le Bien-Aimé.
Mais il doit encore passer par « l’horrible nuit de contemplation
où Dieu met l’âme exprès pour l’élever
à l’union divine ». Dans sa geôle noire,
le Seigneur lui-même semble l’abandonner. Mais au sein de
ses souffrances acceptées avec un oui total, Jean pénètre
mystérieusement dans le « jardin charmeur »,
où se concluent les noces avec le Christ-Époux. De cette
expérience jaillissent d’incomparables poèmes :
Ô nuit qui
m’as guidée,
Ô nuit plus que l’aurore aimable,
Ô nuit qui as uni
L’Aimé avec son aimée,
L’aimée en son Aimé transformée. |
|