Mais il ne se sent pas à l'aise avec cette méthode discursive, contraignante. N'y aurait-il pas un chemin plus direct pour trouver Dieu, au-delà de ce que l'on peut penser de lui ? L'expérience l'instruit. En dehors des heures d'oraison en communauté, Laurent s'applique à orienter son attention simplement au Dieu vivant, à tourner directement le regard vers Dieu comme un ami, comme un être intimement présent. Il raconte : « Je m'appliquais soigneusement le reste du jour, et même pendant mon travail, à la présence de Dieu, que je considérais toujours auprès de moi, souvent même dans le fond de mon cour, ce qui me donna une haute estime de Dieu. » Cet Ami, c'est Celui qui « m'embrasse amoureusement, me fait manger à sa table, me sert de ses propres mains, me donne les clefs de ses trésors et me traite en tout comme son favori, s'entretient et se plaît sans cesse avec moi de mille manières, sans parler de son pardon ».
Convié à pareille table d'amitié, Frère Laurent, cuisinier de son couvent parisien, savoure enfin la présence de l'Ami, présence toute intérieure. Notre frère, familier des travaux concrets et des solutions pratiques, finit par appliquer aux heures de prière officielles son approche de Dieu directe et toute simple : « Je fis insensiblement la même chose pendant mes oraisons, ce qui me causait de grandes douceurs et de grandes consolations ».