|
Soeur Lucie, voyante de Fatima
Au Carmel de Coïmbra
|

Le 25 mars 1948, à 5h 30 du matin, afin d'éviter les regards indiscrets, Lucie quitte définitivement les soeurs de Sainte Dorothée pour s'enfoncer dans un silence encore plus absolu et entre au Carmel de Coïmbra au Portugal. Le 13 mai suivant, jour anniversaire de la première apparition de la Sainte Vierge, elle prend l'habit du Carmel sous le nom de soeur Marie Lucie et du Coeur Immaculée de Marie, et le 31 mai 1949 elle fait sa profession solennelle de carmélite déchaussée. Sainte en « devenir », comme toutes les autres soeurs de sa communauté, sa vie cachée est parsemée de bonnes anecdotes qui démontrent à quel point Lucie est restée fidèle à elle-même : humble et avec beaucoup d'humour!
Elle fut conseillère durant de nombreuses années, responsable des travaux de jardinage, de l'approvisionnement et d'une partie de la lingerie. Comme sa capacité de travail est très grande, elle peut facilement gérer tout cela d'autant plus qu'elle est très ordonnée dans sa manière d'agir et d'être. Amie de la perfection, elle confectionne des chapelets et enseigne aussi la technique à quelques soeurs. Mais elle ne discerne pas facilement le « diplôme »! Elle doit vérifier le travail et s'assurer que tout est parfait ! Sacristine, elle aime particulièrement décorer de fleurs l'oratoire du Saint Sacrement. Pour sa correspondance qui est très abondante, on lui a offert, alors qu'elle a plus de 70 ans, une machine à écrire électronique, elle n'a aucune peine à s'y mettre On lui montre un jour comment fonctionne un ordinateur, elle est vivement intéressée et pose plusieurs questions pour finalement conclure « Ma machine est bien mieux que cela ! » Elle a alors 94 ans!... La béatification des Pastoureaux en 2000 marque une étape importante dans sa vie. Quelle fête pour son coeur! Mais elle devient plus fragile, plus dépendante...

Soeur Lucie a eu beaucoup d'autres communications si on en juge par le contenu de ses lettres. À plusieurs reprises, Lucie a tenté de faire que le message de la Vierge ainsi que ses recommandations pour la conversion du monde soit entendus et reçus par le monde entier. Elle est retournée à Fatima (par obéissance) en 1946, pour reconnaître les lieux des apparitions, puis pour les pèlerinages pontificaux ( Paul VI, en 1967, Jean Paul II en 1982 et 1991 ), pour remercier Marie d’avoir été sauvée, et pour la chute du communisme, finalement en mai 2000, pour la béatification de ses deux petits cousins. En sa présence a été lu le troisième secret, qui a confirmé l’extraordinaire calvaire de Jean Paul II, en lien avec celui de l’Église du vingtième siècle.

Vu son grand âge, soeur Lucie souffrait de rhumatismes pénibles et ne se déplaçait plus qu’assise. En janvier dernier, elle avait rencontré son neveu, curé, qui lui avait fait part de ses soucis pastoraux, à quoi elle répondit: « Demande à Dieu: Lui, ça ne lui coûte rien, et nous, cela nous arrange! ». C’est dire combien elle est restée lucide jusqu’au bout. Peu avant sa mort, le Saint-Père lui a écrit et la mère supérieure lui a lu la lettre, pour sa plus grande joie. Ayant appris la bronchite du Pape, elle a offert la sienne pour lui.
Soeur Lucie, née un Jeudi Saint, s’est ouverte à la lumière éternelle en l’Année de l’Eucharistie, le dimanche 13 février 2005, le 13 étant la «signature» de Marie. Quelle grâce! Récompensée de sa fidélité et de sa passion, Lucie, littéralement « fille de lumière », est partie rejoindre ceux qui sont dans la lumière, tels Jacinthe et François (à la veille de leur fête liturgique, le 20 février!) et ceux qui sont Lumière: le Christ, et en Lui, Marie.

Les obsèques préliminaires ont eu lieu le 15 au soir, en la cathédrale de Coïmbra, avec une foule immense, faisant procession du Carmel au sanctuaire. En plus de quelques Soeurs du Carmel, l’épiscopat portugais était là, avec le Nonce et l’envoyé spécial du Saint-Père, le cardinal Bertone. L’évêque de Coïmbra a cité le Pape: « Au cours des années, j’ai noué des liens d’amitié spirituelle avec Soeur Lucie. Sa prière quotidienne m’a toujours soutenu, surtout aux heures de l’épreuve et de la souffrance. Que le Seigneur la récompense pour le grand service caché qu’elle a rendu à l’Église ». Ayant désiré la cérémonie la plus simple, Soeur Lucie a d'abord été inhumée à même le sol au cimetière du Carmel. Après avoir reposée en sa terre du Carmel, le corps de Soeur Lucie a été transféré le 19 février 2006 du Carmel de Coïmbra à Fatima où elle repose entre ses deux cousins : Jacinthe et François. C'est le Cardinal Bertone qui a présidé la cérémonie.
|