Histoire d’une famille :
Louis Martin
Né à Bordeaux le 22 août 1823, Louis Martin grandit à Alençon où il
demeurera jusqu’en novembre 1877.
Fils de capitaine, élevé à la caserne, il gardera de la vie militaire
bien des traits : goût de l’ordre, de la discipline, des voyages et...
amour de la patrie.
Comme le saint Job, Louis passe par bien des épreuves. Pendant plusieurs
années, il se livre à une quête tâtonnante de la volonté de Dieu sur
lui, obligé bien souvent de changer de direction.
Il va, de l’Ermitage du Grand-Saint-Bernard où il aurait aimé une vie
religieuse, à l’atelier d’horlogerie d’Alençon.
Maître et artisan horloger, Louis vit un célibat quasi monacal jusqu’à
l’âge de 35 ans : période de huit années qui le conduit à trouver sa
voie dans le mariage.
Une jeune et jolie dentellière, Zélie Guérin, lui est présentée par
sa mère. Zélie a un passé semblable au sien ; il est séduit et ils se
marient le 13 juillet 1858.
Époux et père
Epris d’un même idéal évangélique, Louis et Zélie ne vivent que
pour leurs enfants.
Un grand rêve s’est envolé par le décès des garçons : celui d’avoir
un fils prêtre. Dieu y supplée à Sa façon en accordant Thérèse qui
deviendra « la plus grande sainte des temps modernes » et la patronne des
missions.
Louis est un militant chrétien intrépide; il affermit sa foi et son
amour du Christ par la messe quotidienne, l’oraison, les retraites
fermées, les adorations nocturnes, les pèlerinages...
Très affecté par la maladie et le décès de Zélie, survenu le 28
août 1877 des suites d’un cancer au sein, Louis vit cette épreuve selon
l’esprit de l’Évangile, en union avec le Seigneur.
Lisieux
Après la mort de son épouse, Louis décide de quitter Alençon pour s’installer
à Lisieux, dans un agréable cottage normand « Les Buissonnets » : lui et
ses filles seront plus proches de l’oncle Guérin et de sa famille. De ce
« doux nid », comme l’écrira Thérèse, trois de ses filles, Pauline,
Marie, Thérèse, s’envoleront vers la montagne du Carmel, tandis que
Léonie tentera trois fois de se consacrer à Dieu chez les clarisses, puis
chez les visitandines.
Louis sait partager son temps entre le travail intellectuel, l’organisation
de la maison, la gestion de sa fortune, les devoirs de piété et l’éducation
de ses filles.
L’hôpital du Bon-Sauveur
A partir de 1887, nous constatons un mystérieux entrecroisement entre
les phases de la maladie de M. Martin — l’artériosclérose cérébrale
caractérisée par des troubles de la mémoire — et les étapes de la vie
religieuse de ses filles. Après les avoir offertes toutes les cinq à Dieu
(Céline lui ayant fait part de son dessein de devenir religieuse), il s’offre
lui-même en mai 1888. Dès lors, il se livrera encore davantage à l’amour
dans un abandon et un don illimité de lui-même, à travers son humiliant
statut de pensionnaire à l’hôpital du Bon-Sauveur de Caen où Louis est
interné, le 12 février 1889.
Fin de l’exil
Céline, soutenue par ses sœurs, n’a jamais renoncé à reprendre son
père afin de le soigner et de s’occuper de lui. Ce retour en famille tant
attendu se vit comme une « fin d’exil » le 10 mai 1892.
Pendant les deux années qui précédèrent sa mort, la paralysie étant
généralisée, M. Martin est entouré affectueusement par Céline, Léonie
et un couple de domestiques. A partir de mai 1894, son état de santé
décline et son cœur commence à flancher. Le 29 juillet 1894, Louis meurt
paisiblement comme un enfant qui s’endort. Il avait soixante et onze ans
moins un mois.
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