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Histoire d’une famille :
Léonie Martin

La « pauvre Léonie » : c’est ainsi qu’on la désigne dans les
lettres ou les conversations dans la famille Martin. Pauvre selon nos
regards à courte vue ; pauvre si on la compare à ses sœurs si richement
dotées de dons spirituels, artistiques, intellectuels ; pauvre en raison de
son cheminement vocationnel tout en méandres !
Et pourtant, Léonie, la troisième de la famille Martin, sera la
meilleure disciple de Thérèse, celle qui entrera le plus à fond dans la
voie de l’enfance spirituelle.
Une enfance difficile
Quand elle naît le 3 juin 1863, débute pour ses parents le cortège des
soucis en raison de sa frêle santé : retard de développement,
convulsions, eczéma dont elle souffrira toute sa vie. Et même si, vers l’âge
de six ans, son état de santé semble se stabiliser, elle ne laisse pas d’inquiéter
par son caractère difficile qui nuit à l’atmosphère familiale. Madame
Martin n’a plus foi qu’en un miracle pour changer sa nature !
Est-ce le premier signe de ce miracle désiré quand Léonie écrit à sa
tante visitandine, quelques jours avant la mort de celle-ci, le 24 février
1877, pour lui demander d’intercéder afin qu’elle devienne une sainte
religieuse ?
Serait-ce grâce à l’intercession de la sainte tante, que fut
décelée l’une des causes qui rendaient Léonie insaisissable ? La
servante Louise, dévouée et fidèle par ailleurs, exploitait la faiblesse
de Léonie et exerçait sur elle une autorité despotique. Quand la
situation est clarifiée, Léonie commence une transformation qui s’accélère
encore après la mort de Madame Martin.
Vie religieuse
Pourtant, Léonie n’a pas fini de surprendre et d’inquiéter. À l’occasion
du voyage de la famille à Alençon en 1886, Léonie décide soudainement d’entrer
au monastère des clarisses où elle ne reste que deux mois.
La tante, visitandine au Mans, avait écrit à Madame Martin en 1869 : «
Quant à cette petite Léonie, je ne puis m’empêcher de croire qu’elle
sera Visitandine ». L’intuition va se réaliser, mais Léonie devra
plonger trois fois avant de s’établir définitivement dans les
profondeurs de la vie salésienne.
Une première fois en 1887 : elle n’y reste que six mois et sera donc
au foyer quand Thérèse le quitte pour entrer au Carmel. Léonie, fidèle
compagne de Céline, partage le rude chemin de Croix que constitue la
maladie de leur père.
Elle tente un deuxième essai à la Visitation en juin 1893. Dans des
lettres très affectueuses, Thérèse la soutient, mais Léonie doit revenir
dans la famille deux ans plus tard. Après son envol vers le Ciel, Thérèse
obtiendra à sa « chère Léonie » de réussir un troisième essai à la
Visitation : entrée le 28 janvier 1899, elle y mourra le 16 juin 1941
âgée de 78 ans.
Dans la petite voie
Sous le nom de Sœur Françoise-Thérèse, elle devient en vérité fille
de François de Sales, le saint de la douceur, et s’engage à fond dans la
voie de la confiance et de l’abandon, à l’école de sa sainte petite sœur.
Consciente de ses faiblesses, de ses lacunes, elle se réfugie dans le Cœur
miséricordieux de son Bien-Aimé.
La vie de Léonie tient en ces mots qu’elle a écrit : « O mon Dieu,
dans ma vie où Vous avez mis peu de ce qui brille, faites que comme Vous, j’aille
aux valeurs authentiques, dédaignant les valeurs humaines pour estimer et
ne vouloir que l’absolu, l’éternel, l’Amour de Dieu, à force d’Espérance.
»(1)
(1). Pensées de retraite, octobre 1934.
Laurent Grimard / Trois-Rivières
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