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« J’étais bien heureuse d’avoir des petites cousines si gentilles,
je les aimais beaucoup ainsi que ma tante et surtout mon oncle, seulement il
me faisait peur et je n’étais pas à mon aise chez lui comme aux
Buissonnets. »
(Ms A, 13v°)
Et pourtant, sous un dehors fougueux et passionné, l’oncle Isidore Guérin cache un cœur très attentionné pour la famille Martin, surtout depuis le décès de sa sœur Zélie, le 28 août 1877. Il avait alors suggéré à son beau-frère de quitter Alençon et de venir s’installer à Lisieux, proche de son propre foyer.
C’est lui qui dénichera les « Buissonnets », après avoir visité 24 maisons ! À la mi-septembre 1877, il est nommé subrogé-tuteur de ses cinq nièces mineures.
Il est bien secondé par son épouse Céline Fournet, aussi douce que délicate, très attentive à tous et toujours souriante.
Mariés en 1866, ils ont 3 enfants : Jeanne en 1868, Marie-Louise en 1870 et Paul qui décède à la naissance, en 1871.
Mme Guérin se sait investie d’une mission ; le dernier regard de sa belle-sœur n’avait-il pas été pour elle ? « J’ai cru le comprendre ce regard, que rien ne pourra me faire oublier. Il est gravé dans mon cœur. Depuis ce jour, j’ai cherché à remplacer celle que Dieu vous avait ravie » (LC 148), écrit-elle à Thérèse en novembre 1891.
Aussi sera-t-elle à l’affût de tout ce qui pourrait aider ses nièces à grandir dans un climat d’amour. Les amener à Saint-Ouen-le-Pin, maison de campagne de sa mère, leur procurer une ou deux semaines de villégiature au bord de la mer, durant l’été, à Trouville ou à Deauville, ou bien les accueillir dans son foyer en tout temps.
Vers 1888, un fort héritage modifie le train de vie des Guérin mais non leur cœur et leur disponibilité envers les Martin : durant la maladie de leur père, et plus tard, alors qu’elles n’auront plus de foyer, Léonie et Céline seront toujours traitées comme les filles de la maison.
C’est ainsi que Monsieur Martin, hospitalisé de 1889 à mai 1892, revient à Lisieux où il est installé dans une maison non loin des Guérin, avec Céline ; l’été, il est des leurs, au château de La Musse... Il y décède, fin juillet 1894.
Jeanne, l’aînée des Guérin, épouse le docteur Francis La Néele, le 1er octobre 1890. Son faire-part de mariage inspire celui que Thérèse compose pour ses propres noces, c’est-à-dire pour sa Profession qui a lieu le 8 septembre de la même année. Quel géant sympathique que ce Francis ! La grande souffrance de ce foyer, c’est qu’ils n’auront pas d’enfant, malgré toutes les prières... même celles de la Petite Thérèse !
Thérèse campe très bien l’homme dans un acrostiche qu’elle lui dédie en août 96 (PN 39). Francis visitera quatre fois Thérèse à l’infirmerie du Carmel au cours de sa dernière maladie.
Quant à Marie, elle a connu une enfance plutôt difficile, due à un état de santé précaire ; mais elle va se raffermissant et développe un talent musical remarquable, tant pour la beauté de sa voix que pour son jeu au piano. Mais son cœur est ailleurs...
Tenaillée par les scrupules, elle s’adresse à Thérèse encore novice pour l’aider à l’en sortir. Celle-ci va se révéler une extraordinaire pédagogue, la conseillant opportunément.
C’est le 24 septembre 1890, lors de la Prise de Voile de Thérèse, que Marie perçoit de façon indubitable l’Appel de Jésus pour le Carmel...et elle y entrera le 15 août 1895.
Le Seigneur rappellera à Lui successivement Mme Guérin, à 52 ans, le 13 février 1900 ; puis Marie, à 35 ans, le 14 avril 1905 ; Monsieur Guérin, à 68 ans, le 28 septembre 1909 ; Francis, à 58 ans, le 19 mars 1916.
Nous nous souvenons que le bail des Buissonnets fut résilié à partir du 25 décembre 1889 ; mais Jeanne et Francis, en 1910, achètent la propriété, au nom du Carmel. Elle deviendra un lieu de pèlerinage. A son tour, Jeanne décédera le 25 avril 1938, sous le toit de sa fille adoptive, petite-nièce de son mari, à Nogent-le-Rotrou.
Tout au long de leur vie, les époux Guérin ont fait montre d’une grande disponibilité et de beaucoup d’amour. En filigrane, se devine une véritable ascension spirituelle.
A preuve, cet extrait d’une lettre de Monsieur Guérin à Thérèse, le 18 août 1897, alors qu’elle n’a plus que 5 semaines à vivre : « Je bénis (le Bon Dieu) et le glorifie pour la gloire dont il a illustré ma maison, pour les voies inconnues où il lui a plu de guider mes pas pendant tant d’années, pour les embûches qu’il a écartées de mon chemin et pour les dons si magnifiques dont il m’a comblé dans tous les miens.
Il y aura Dimanche 27 ans qu’il m’a confié la perle la plus précieuse de mon écrin [sa fille Marie]. Il a fallu la façonner et la polir depuis sa naissance et si j’y ai peu contribué, sa mère si douce et si bonne l’a dégrossie, et toi ma chérie tu as contribué à lui donner tout son éclat [par son rôle de maîtresse au noviciat].
« Merci, ma bien chère enfant, je t’embrasse comme je t’aime du plus profond de mon âme et je te bénis. »
Le 4 octobre 1897, « cloué au lit par la goutte, l’oncle Isidore n’a pu assister aux obsèques de sa nièce, Thérèse. Jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle serait la première à occuper une place dans la concession qu’il venait d’acheter pour le carmel »(1) au cimetière de Lisieux.
Insigne bienfaiteur du Carmel, il défraiera le coût de l’impression de la première édition de l’Histoire d’une Âme, circulaire nécrologique de Thérèse, en 1898. Oui, par les Guérin, Thérèse a reçu beaucoup d’amour.
(1) Guy Gaucher, Histoire d’une vie,p.221
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