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Nous n'avons que cette vie
pour vivre de foi...
C'est la foi qui a sauvé la Petite Thérèse de l'Enfant-Jésus. La
vertu de foi a été déposée en germe par le baptême dans le cour et
dans l'âme de la Petite Thérèse et elle n'a fait que grandir par la
fidélité constante aux nombreuses grâces actuelles de Dieu.
Dès l'âge de trois ans, elle adorait Dieu qui se manifestait par les
éléments déchaînés ; la clarté fulgurante des éclairs, le roulement
du tonnerre la remplissaient d'admiration : « Loin d'en être
effrayée, j'étais ravie, il me semblait que le bon Dieu était si près
de moi ! » (Ms A, 14v°)
Tout parlait à son âme de la grandeur et de la beauté de Dieu : la
majesté de la mer et la beauté des paysages de sa Normandie natale.
Elle aimait aussi la beauté de la liturgie, appelant le dimanche : « la
fête du Bon Dieu » (cf Ms A, 17r°). Et elle savait que les sacrements
étaient la présence et l'action de Dieu et non des hommes, attirant son
âme dans la foi.
Et comme il nous est bon de penser que Thérèse a toujours trouvé dans
la Parole de Dieu, toutes ses forces pour passer à travers de grandes
épreuves et pour fonder toute sa spiritualité. Elle a aimé d'une
manière unique et sans comparaison, l'Évangile qui contient les Paroles
de Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.
Croire sans voir
La petite sainte de Lisieux n'a jamais désiré les consolations
sensibles de la piété, ni les extases ou les ravissements ; à tout cela,
elle a préféré la monotonie du sacrifice obscur : « Je ne désire pas
voir le bon Dieu sur la terre. Oh ! non. Et pourtant, je l'aime ! J'aime
aussi beaucoup la Sainte Vierge et les saints, et je ne désire pas les voir
non plus. Je préfère vivre de foi. » (N.V. 11.9.5)
La foi lui permet de croire sans voir, et cela lui suffit même aux
heures très sombres de la maladie de son cher papa et pendant sa propre
maladie à l'infirmerie où elle ne vit plus que de foi, sans aucune
consolation.
Je crois que cette sainteté-là est la plus sûre et la plus vraie. C'est
par là qu'apparaît l'héroïsme de la Petite Thérèse. Elle s'est
accrochée à Dieu dans les ténèbres. Elle se sait aimée, même quand
elle ne le sent plus... « Il est si doux de servir le bon Dieu dans la nuit
de l'épreuve, nous n'avons que cette vie pour vivre de foi ! » (C.S.
154) La « petite voie » de Thérèse, c'est la pratique de la foi...
aveugle.
Les tentations
Le secret de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, on le trouve dans sa
foi invincible. Après de belles années lumineuses vécues dans l'amour,
voilà qu'un soir de Pâques, soudain, tout a disparu. Et pendant les
dix-huit mois qui lui resteront à vivre, notre petite sour sera assaillie
par de violentes et intenses tentations contre la foi, et cela jusqu'à sa
mort. Alors, la pensée du Ciel lui devient un sujet de combat, de tourment
: "Il permit que mon âme fût envahie des plus épaisses ténèbres et
que la pensée du Ciel si douce pour moi ne soit plus qu'un sujet de
combat et de tourment... Cette épreuve ne devait pas durer quelques jours,
quelques semaines, elle devait ne s'éteindre qu'à l'heure marquée
par le Bon Dieu [...] Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens, mais
hélas je crois que c'est impossible. Il faut avoir voyagé sous ce sombre
tunnel pour en comprendre l'obscurité. (Ms C, 5v°)"
- « Il me semble que les ténèbres empruntant la voix des pécheurs,
me disent en se moquant de moi : Tu rêves la lumière, une patrie embaumée
des plus suaves parfums, tu rêves la possession éternelle du Créateur de
toutes ces merveilles, tu crois sortir un jour des brouillards qui t'environnent,
avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera non ce que tu
espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant... » (Ms C,
6v°)
On le voit, le démon tenta Petite Thérèse afin de l'arracher à Dieu
car le malin savait tout le bien qu'elle ferait après sa mort. Au cours
de sa grave maladie, la pensée du suicide effleura Thérèse, tant elle
souffrait. « Priez bien pour moi, afin que je n'écoute pas le démon qui
veut me persuader de tant de mensonges [...] Faut-il avoir des pensées
comme cela quand on aime tant le bon Dieu !... Enfin, j'offre ces peines
bien grandes pour obtenir la lumière de la foi aux pauvres incrédules,
pour tous ceux qui s'éloignent des croyances de l'Église... » (NPPA
10.8.7)
Le Credo sur son cour
Peu de personnes savent ce que fit alors la Petite Thérèse face à
toutes ces tentations contre la foi : elle écrivit avec son sang à la
première page des Évangiles qu'elle portait jour et nuit sur son cour,
le Credo en entier ! « Je dois vous sembler une âme remplie de
consolations et pour laquelle le voile de la foi s'est presque déchiré,
et cependant... ce n'est plus un voile pour moi, c'est un mur qui s'élève
jusqu'aux cieux et couvre le firmament étoilé... Lorsque je chante le
bonheur du Ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune
joie, car je chante simplement ce que je veux croire. » (Ms C, 7v°)
A l'insu de toutes ses sours au Carmel, se jouait un drame dans l'âme
douloureuse mais toujours souriante de la Petite Thérèse que nous aimons
tant, qui est si proche de tous ceux et celles qui sont tentés dans leur
foi. Elle avouera avant de mourir : « Je crois avoir fait plus d'actes de
foi depuis un an que pendant toute ma vie. » (Ms C, 7r°) Et c'est encore
dans la foi qu'elle dit en mourant :
« Mon Dieu, je t'aime ! » (CJ 30. 9)
P. André-Marie Syrard, osm
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