Le Carmel au Québec


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La petite voie
de Thérèse

 

B. Thérèse découvre la petite voie

 

La montagne et le grain de sable

S'adressant à Mère Marie de Gonzague, Thérèse lui redit son désir profond et constant de la sainteté.

Mais, paradoxe !, en se comparant aux saints, elle a toujours perçu entre eux et elle la même différence qu'entre une montagne et un grain de sable.

Certes, on pourrait discuter et contester l'objectivité de cette « constatation » de Thérèse. Mais ce qui importe ici, c'est bien le sentiment de Thérèse, sa perception d'une telle distance entre les saints et elle.

Thérèse va-t-elle se décourager ? Va-t-elle renoncer à ses désirs de sainteté qui paraissent tellement disproportionnés ? Non.

Puisque ces désirs viennent de Dieu, Il saura bien les exaucer, malgré « sa petitesse », malgré «toutes ses imperfections » !

Avec audace, Thérèse va rechercher un moyen d'aller au Ciel par « une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle ».

Après dix-neuf siècles de christianisme, découvrir une petite voie « toute nouvelle », n'est-ce pas prétentieux ? !.

 

À la recherche d'un ascenseur

Thérèse a conscience de vivre dans un « siècle d'inventions » (qu'aurait-elle dit du nôtre ?) et elle pense à une invention récente et fort pratique : l'ascenseur.

Se voyant incapable de gravir « le rude escalier de la perfection », elle va donc chercher un ascenseur pour le Ciel !

Où va-t-elle le chercher ? Elle le cherchera et le trouvera dans l'Écriture, dans la Parole de Dieu, qui constitue la nourriture quotidienne de sa vie spirituelle.

C'est aussi dans l'Écriture qu'elle cherchera et découvrira sa vocation au cour de l'Église.

En septembre 1894, Céline, elle aussi, est entrée au Carmel.

Elle a apporté un petit carnet dans lequel elle avait recopié des beaux passages de l'Ancien Testament.

C'est une aubaine pour Thérèse qui n'a pas accès à cette partie de la Bible (on veut éviter aux sours de tomber sur des récits « choquants » !).

Grâce à ce carnet de Céline, elle va découvrir sa « petite voie » à la lumière de plusieurs textes de l'Ancien Testament (Pr 9, 4 ; Sg 6, 7 ; Is 40, 11 ; 66, 12-13) reliés bien sûr aux paroles du Seigneur dans l'Évangile.

 

Si quelqu'un est tout petit.

Thérèse ne cite ici que deux passages de l'Ancien Testament qui apportent la réponse cherchée.

Tout d'abord, l'appel lancé par la Sagesse hospitalière qui invite à sa table : « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi » (Pr 9, 4).

Cette invitation enchante Thérèse qui prend l'expression « tout petit » dans un sens positif (alors que, dans son sens originel, elle signifie : si quelqu'un est encore un enfant, c'est-à-dire dépourvu de sagesse et d'expérience).

L'autre texte complète et précise le premier : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! » (Is 66, 13-12). Magnifique expression de l'amour maternel de Dieu pour son peuple !

En réunissant les deux passages, Thérèse a trouvé la réponse : l'ascenseur, ce sont les bras de Jésus. La condition, c'est de rester petite, et même de le devenir de plus en plus.

Désormais, souvent, elle signera ses lettres : « la toute petite Thérèse ».

Devenir comme un enfant

Thérèse retrouve et développe un enseignement qui est fondamental dans l'Évangile (cf. Mt 18, 1-4 ; 19, 13-15 et parallèles), à savoir : l'enfance spirituelle.

Il faut bien distinguer l'enfance spirituelle de l'enfance psychologique, pour ne pas confondre esprit d'enfance et enfantillages !

Du point de vue psychologique, il faut quitter l'enfance et accéder progressivement à l'âge adulte.

C'est dans ce sens psychologique que saint Paul recommande de ne pas demeurer des enfants (1 Co 13, 11 ; 14, 20 ; Ep 4, 14).

À Noël 1886 (cf. Ms A, 45), Thérèse a « reçu la grâce de sortir de l'enfance » (psychologique).

Du point de vue spirituel, au contraire, il faut devenir comme les enfants : c'est une condition pour entrer dans le Royaume des cieux (Mt 18, 3).

L'enfance spirituelle se caractérise par l'humilité, la simplicité, la confiance, l'abandon. C'est en ce sens que Thérèse veut rester petite, le devenir de plus en plus.

Je veux chanter vos miséricordes

Thérèse jubile : avec le psalmiste, tout comme sa mère sainte Thérèse, elle veut chanter les miséricordes de Dieu (Ps 88, 2).

Elle veut célébrer cet Amour miséricordieux qui se penche vers les petits pour les prendre dans ses bras.

La découverte de la Miséricorde divine est au cour de la petite voie.

On a noté que dans les écrits de Thérèse, avant la fin de 1894, les termes « miséricorde » et «miséricordieux » n'apparaissent chacun qu'une fois.

Ensuite, la miséricorde revient comme un leitmotiv et Thérèse contemple toutes les perfections divines à travers la Miséricorde infinie (Ms A, 83v).

La découverte de la petite voie est inséparable de la découverte de la Miséricorde.

L'année 1895 est bien l'année de la Miséricorde, marquée, le 9 juin, par l'Offrande à l'Amour Miséricordieux qui dilate le cour de Thérèse.

C'est ainsi qu'en suivant la petite voie, Thérèse découvre l'Amour Miséricordieux, se livre à cet Amour, est envahie par lui, vit et meurt d'Amour.

P. Jean-Philippe, ocd / France

 

 

 

 
 
 
 
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