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PRIER À LA MANIÈRE DU CARMELLa prière de l’Église est bien présente au Carmel : l’Eucharistie, sommet de notre vie de prière, la prière des psaumes, l’adoration, les prières à Marie (chapelet, Angélus, litanies…), les invocations aux saints et saintes, et diverses formes de prières personnelles, toutes font partie de la prière camélitaine à des degrés variés selon notre état de vie et notre vocation. Cependant, la prière qui constitue la spécificité du Carmel et qui se retrouve dans toutes les vocations camélitaines, c’est l’oraison.« Sans l’oraison le Carmel ne serait rien. »
L’ORAISONC’est … une manière de prier, … une manière d’être, … de vivre.L’oraison n’est pas l’exclusivité du Carmel. Tout chrétien, de par son baptême, est appelé à rencontrer Jésus dans un cœur à cœur intime … dans l’oraison. Catéchisme | 2709 – 2719 Des guides sûrs Le Carmel a le privilège d’avoir des guides d’oraison sûrs, reconnus comme Maîtres et docteurs* des voies intérieures par l’Église universelle : Sainte Thérèse de Jésus (d’Avila) 1515-1582 et Saint Jean de la Croix 1542-1591 C’est à leur école que se sont formés tous ceux et celles qui vivent de la spiritualité du Carmel. Ils nous ont légué le fruit de leur vaste expérience de la vie de prière et de l’accompagnement spirituel dans des écrits* qui constituent une référence pour toute l’Église. Un exemple contemporain Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face (Lisieux) 1873-1897, déclarée 33e docteur de l’Église en 1997, nous enseigne comment être une âme d’oraison dans le quotidien d’une vie tout ordinaire, dans notre monde d’aujourd’hui. Sa doctrine de l’enfance spirituelle ou « petite voie » a inspiré plusieurs communautés nouvelles et elle nous est livrée dans ses écrits autobiographiques. FAIRE ORAISON peut nous transformer et changer toute notre vieIl est reconnu que les personnes qui s’adonnent à une forme de méditation quelle qu’elle soit en retirent des bénéfices concrets dans leur vie de tous les jours. En un premier temps, elles deviennent plus calmes, plus sereines. Elles augmentent leurs capacités de concentration et leur maîtrise de soi. Mais la motivation profonde pour faire oraison se situe à un tout autre niveau : l’oraison est une rencontre intime avec Dieu. C’est là que se développe notre relation avec « Celui dont on se sait aimé. » C’est là que nous nous laissons transformer par l’Amour pour féconder l’Église, et toutes ses œuvres. Comment s’y disposer Pour répondre à ces avances de Jésus, pour se livrer à l’action de son amour transformant, il n’est pas nécessaire d’être parfait. Le Seigneur nous acheminera lui-même à la perfection qu’il désire pour nous. Il suffit d’avoir un désir ordinaire de connaître et d’imiter Jésus dans tous les domaines de notre vie, et de prendre quelques petits moyens suggérés pour se disposer à cette rencontre quotidienne. Le Seigneur nous fera ensuite connaître ce qu’il attend de nous au fur et à mesure que nous progresserons sur ce chemin d’oraison. Pour avancer dans l’oraison il est avantageux de se choisir un guide spirituel. LES PREMIÈRES ORAISONS« L’oraison mentale n’est à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. »
La conception de l’oraison chez Ste Thérèse d’Avila D’emblée il faut constater que l’oraison est une réalité spirituelle complexe, difficile à saisir. Elle est de l’ordre de la foi et de l’expérience et varie selon les personnes. Pour Ste Thérèse, toute prière personnelle faite dans le silence où l’esprit et le cœur s’occupent directement de Dieu s’appelle oraison. Mais Ste Thérèse considérera aussi comme faisant partie de l’oraison toute prière vocale où l’esprit et le cœur s’occupent : *soit du sens des paroles prononcées, *soit directement de Dieu, sans référence aux paroles récitées. Chercher et demeurer dans la compagnie du Christ, telle est l’idée fondamentale que Thérèse se fait de l’oraison. LE RECUEILLEMENT« Je tâchais autant que possible de vivre en gardant en moi la présence de Jésus-Christ, notre Bien et Seigneur et c’était là mon mode d’oraison. »
Le recueillement est la manière de prier qui a si bien réussi à Ste Thérèse dans les débuts. On peut y distinguer trois étapes :
C’est l’effort par lequel nous amenons nos sens et notre esprit à ne plus s’occuper du monde extérieur afin qu’ils se rendent disponibles pour entrer en contact direct avec Dieu. Comment s’y disposer? Pour se recueillir, surtout dans les débuts, il convient de rechercher le silence et la solitude.Une fois les sens extérieurs apaisés, nous serons vite assaillis par un monde intérieur de pensées et de sentiments les plus divers. Que faire? Ste Thérèse nous conseille alors d’abandonner au Seigneur toutes ces pensées et ces sentiments en reconnaissant notre misère et notre condition de pécheur. Puis, elle nous demande de ne nous occuper que de Lui. Conseils de Thérèse : « Pour prier comme il convient, vous savez ce qu’on fait tout d’abord. On examine sa conscience, on se confesse à Dieu et on fait le signe de la Croix. »
« Aussitôt après, appliquez-vous à trouver une compagnie. Et quelle meilleure compagnie pouvez-vous trouver que celle du Seigneur. »
De la qualité de ce recueillement dépendra la qualité de l’oraison. Cette forme de recueillement est acquise par nos propres moyens. Il ne s’agit pas ici du recueillement surnaturel dans lequel Dieu nous absorbe en Lui, mais réaliser la présence vivante du Christ en soi. « Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens »
Pour Ste Thérèse, il est primordial de prendre conscience que Dieu est là, qu’Il est à mes côtés ou en moi. Elle préfère cependant qu’on se représente le Christ au plus intime de soi car Il y demeure, en son centre comme en un château. A nous ensuite d’établir la relation personnelle, le contact direct avec le Seigneur. Comment réaliser ce contact vivant? Ste Thérèse nous propose de le faire par une représentation du Christ en son Humanité. Mais puisque elle-même est incapable d’utiliser son imagination à cet effet, la représentation intérieure qu’elle nous propose est de l’ordre de la foi, d’une foi vive qui perçoit, sans voir, la Présence du Christ. « Figurez-vous quelqu’un qui est aveugle, ou qui est dans l’obscurité. Il parle à une personne. Il sait qu’il est en sa présence, parce qu’il a la certitude qu’elle est là; il comprend, il croit qu’elle est là mais il ne la voit pas. »
« Je ne vous demande qu’une chose : le regarder. »
« Lui ne vous perd jamais de vue. »
Le regard revêt une signification particulièrement importante pour Ste Thérèse. C’est dans cet échange de regards que s’exprime la relation personnelle. Ce regard est théologal : c’est un acte de foi, animé par l’amour et tendu vers le désir, l’espérance d’être uni à Dieu. « Dieu et l’âme se comprennent, sans autre artifice, ces deux amis se communiquent leur amour mutuel. Comme ici-bas deux personnes qui s’aiment beaucoup et se comprennent bien semblent s’entendre sans échanger un signe, rien qu’en se regardant.
« Ste Thérèse nous conseille de tout mettre en œuvre pour garder un contact vivant avec le Christ et maintenir notre relation d’amour avec Lui. « Tout ce qui vous incitera à aimer davantage, faites-le. »
Ces efforts pourront prendre la forme d’entretiens : entretien cœur à cœur, et entretien à thème évangélique. Entretien cœur à cœur Vient un moment où l’âme désireuse de demeurer en présence du Christ et de garder un contact intime avec Lui, rompt le silence et s’exprime en toute confiance, livrant le fond de son être. « Nous pouvons (…) nous exercer à vivement nous éprendre de son Humanité sacrée, vivre en sa présence, lui parler, lui demander ce dont nous avons besoin, nous plaindre à lui de nos peines, nous réjouir avec lui de nos joies, et ne pas l’oublier pour autant, sans chercher des prières apprêtées, mais des mots conformes à nos désirs et à nos besoins. »
Ici, l’on s’engage dans une forme simplifiée de méditation dans le but d’enflammer la volonté. Ce qui caractérise cette méditation c’est le choix, non pas d’une idée générale mais d’une scène de l’Évangile. « Il est bon de s’arrêter un moment pour méditer sur le mystère du Christ ( …), de penser aux peines qu’Il a subies, pour quoi Il les a subies, qui était Celui qui les a subies et avec quel amour Il les a endurées. »
Ste Thérèse nous met en garde contre tout effort contraignant pour prolonger cet entretien méditatif. « …ne nous fatiguons pas à ne chercher toujours que cela. » (V 13, 22) « Il ne s’agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer » (4D, 1, 7) CONSEILS Pour arriver à garder le contact vivant avec le Christ ou pour y revenir Ste Thérèse nous suggère quelques petits moyens :
Pour Ste Thérèse, l’essentiel est que nous restions « éveillé à l’amour ». Pour calmer l’inquiétude des débutants et encourager à la persévérance tous ceux « qui ont commencé depuis longtemps » mais qui sont « persuadés » de perdre leur temps elle précise que c’est à ce moment-là « que la volonté s’amplifie et se renforce » mais « ils ne s’en rendent pas compte » ( V 11, 15) « Pensez-vous qu’Il se taise lorsque nous ne l’entendons pas? Il parle fort bien au cœur, quand de tout cœur nous le lui demandons
«« parfois le Seigneur vient tard, mais alors, il paie bien et il donne autant en une seule visite qu’Il a donné peu à peu en plusieurs années. »
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