Louise de la Miséricorde

Louise de La Vallières, Louise de la Miséricorde,

À certains égards on peut dire que la vie de Louise de la Vallière ayant vécu au XVIIe siècle rejoint le cheminement de plusieurs chercheurs de Dieu de notre époque.  Vivant à la plus brillante Cour de l’histoire de France, à Versailles, elle fut aimée, adulée, par le  Roi Soleil Louis XIVqu’elle a sincèrement aimé et qui lui a donné 4 enfants hors mariage.



Louise de la Baume le Blanc avait dès son plus âge perdu son père qu’elle vénérait et fut très vite abandonnéE par sa mère qui ne recherchait que le luxe et un troisième mariage pour continuer sa vie mondaine. De nature Louise était tout le contraire : réservée et modeste, sans doute l’éducation religieuse de son enfance y était pour quelque chose. Or  la vie à cour de Versailles a tout pour éblouir cette jeune fille de 15 ans qui entre comme demoiselle d’honneur de la duchesse d’Orléans, épouse du frère de Louis XIV. Grâce à sa grande réserve et sa franchise elle saura attirer le respect de nombre de personnes qui ont vu un contraste radical entre la vanité des courtisans et cette femme qui, bien que la maîtresse de Louis XIV pendant six ans, inspirait le respect. Le peuple en général peu enclin à aimer les favorites du Roi parle de Louise avec indulgence.

De sa relation avec le roi on peut dire que  « Louise a révélé sa nature passionnée. Sous un dehors doux et paisible se cache une flamme ardente qui la pousse en avant, la déchaine inconsidérément sans réfléchir. »Mais c’est aussi une femme aux qualités d’esprit indiscutables et qui n’aurait pas plus au Roi si longtemps si elle ne les avait pas eues. « Elle a beaucoup d’esprit. Elle a le cœur, grand, ferme, généreux, tendre et pitoyable. Éloignée de la coquetterie et capable d’un fort engagement. »Elle aime le roi pour lui-même et non pour ce qu’il représente et c’est pourquoi le roi habituellement si changeant dans ses amours lui reste profondément attaché pendant 6 ans.


 
Pourtant Louise ne vit pas cet amour avec sérénité, sa conscience la tourmente compte tenu qu’elle croise tous les jours l’épouse du Roi, la reine Marie-Thérèse. Mais la vie à la cour avec toutes ses jalousies et manigances va assez rapidement avoir raison de cet amour passionné, du moins du coté du roi, alors que  Louise prendra plus de quinze avant de se détacher du Roi. C’est maintenant Madame de Montespan qui, non contente de prendre sa place dans le cœur du roi, va utiliser toutes ses ressources pour, pendant plusieurs années, humilier Louise, qui continue d’aimer le roi.

Le chemin de conversion
 Six ans ont passé, depuis l’abandon du roi pour Madame de Montespan, Louise vit toujours à la cour de Versailles mais maintenant elle a plus de temps libre et elle reprend le goût à la lecture. Elle entend régulièrement les sermons de Bossuet et même les remontrances qui lui sont adressés ne la change pas car elle garde toujours l’espoir de reconquérir le cœur de Louis XIV. Pourtant, la vie se charge de faire son œuvre. À la suite d’une maladie qui la conduira à la porte de la mort Louise réalise que la vie est peu de chose et combien elle est fragile. Elle supplie alors le ciel car elle ne veut pas mourir en état de péché. Elle se souvient de la foi de son enfance. Elle accepte de se confesser. Elle voit maintenant plus clair dans le jeu du Roi. Elle comprend enfin qu’elle s’est fourvoyée. Dieu seul mérite d’être aimé comme elle a aimé!!!
Bien qu’elle réalise qu’une « âme dans le monde, sans prière, sans réflexion et sans consulter Dieu sur sa conduite, est comme un vaisseau sans gouvernail au milieu de l’orage », elle ne renonce pas encore au monde. Elle décide de rester à la cour, elle choisit, elle accepte de souffrir les humiliations afin de s’apparenter à Jésus. C’est le début d’un chemin de conversion. « Combien de dégoûts, de plaisanteries, de dénigrements n’eût-elle pas à souffrir durant l’espace de deux ans qu’elle demeura ainsi à la cour » 


Vers le Carmel : Elle trouve finalement à Versailles un groupe dont les membres tentent de mettre leur vie en accord avec leur foi. Grâce à de véritables amitiés spirituelles elle aspire à la plénitude de la vie chrétienne et s’ouvre à la vie mystique. Fort heureusement pour elle, qui autrement ce serait enlisé dans les pratiques de pénitence en usage à l’époque, elle se fait dire par un prêtre : « Je vous demande seulement de Le regarder. »Oui, regarder le Christ, riche en Miséricorde!  Puis c’est l’arrivée providentielle à Versailles de Bossuet qui devient précepteur du Dauphin et que  par conséquent Louise pourra rencontrer aussi souvent qu’elle en a besoin pour mettre de l’ordre dans sa vie. Elle mène une vie de plus en plus retirée, passe de longues heures en prière ou devant le Saint Sacrement.
 Apprenant à connaître sa dirigée Bossuet lui conseillera un jour de se donner complètement à Dieu et de choisir de préférence un ordre comme le Carmel. En effet, Louise est plongée dans la lecture du Chemin de la Perfection de sainte Thérèse d’Avila. Cette lecture l’a profondément bouleversée. Elle accompagne donc une amie au Carmel du faubourg St Jacques à Paris. Elle est aussitôt séduite par la façon de s’exprimer des carmélites et par leur liberté d’esprit. On lui dit que la règle est sévère mais cela ne fait qu’attirer davantage cette âme assoiffée d’absolu. Dans un premier temps, la mère supérieure hésite à prendre une femme dont la vie et les mœurs ont été objet de scandale. Mais Bossuet n’aura pas de difficulté à convaincre la supérieure de la sincérité absolue et du repentir de Louise et de son souhait de se consacrer à Dieu. D’autant plus qu’il apprécie sa façon d’agir « doucement, lentement ». La loi de la gradualité!
Louise de la Miséricorde : Sa résolution d’entrer au Carmel s’affermit. « Toute la Cour est édifiée et étonnée de sa tranquillité et de sa joie, qui s’augmente à mesure que le temps approche. » Le 16 avril 1674, à l’âge de 30 ans, elle entre au Carmel : « Ma mère, murmure Louise de la Vallière, j’ai fait de ma vie un si mauvais usage de ma volonté. Je viens la remettre entre vos mains pour ne plus la reprendre. » « Entrez ma fille. Vous vous appellerez désormais Louise de la Miséricorde. »

Par-delà les grilles, nombreux sont eux qui ne croient pas à la vocation de Louise. Mais au couvent elle fait l’étonnement des sœurs par sa régularité, sa douceur, son calme, la facilité avec laquelle elle se plie à la règle dans ses moindres détails. Il y avait en elle une humilité absolue!   Elle aime le silence où Dieu parle à son âme et elle souffre de devoir se présenter au parloir où la reine Marie Thérèse la fait demander ainsi que d’autres nobles de la Cour. Son amour terrestre est définitivement mort, elle ne ressent plus en son cœur qu’un amour divin. Il lui permet maintenant de tout supporter.
Le jour de sa profession. alors que certains invités pleurent. Louise peut dire : «  Il faut vous réjouir de mon sort, car en ce jour je commence seulement à être heureuse. »
Se livrant totalement à Celui que son cœur aime plus que tout, elle avance sur la voie mystique. « Je suis d’une si grande tranquillité de tout ce qui peut arriver que je regarde la santé, la maladie, le repos, le travail, la joie, et les peines d’un même visage. Je ferme les yeux et me laisse conduire à l’obéissance. »
Elle passera plus de trente au Carmel, faisant l’admiration de tous par son humilité et son détachement mais surtout par la qualité de son amour pour Dieu. « Les âmes qui, après avoir eu le malheur de vous perdre, reçoivent la grâce de retourner à vous, au lieu d’y rencontrer la rigueur d’un juge sévère, y trouvent la tendresse d’un père charitable. »
Louise devenue une femme âgée, subit un martyr quotidien, son corps n’est plus que plaies et douleurs. Ses migraines sont lancinantes.
Le 6 juin 1710, Louise de la Baume Le Blanc, duchesse de la Vallière, s’éteint à l’âge de 65 ans. Dès que l’on apprend son décès le peuple commence à se masser derrière la grille du Carmel.  Nombreux sont ceux qui demandent aux religieuses que des objets puissent toucher au corps de la carmélite. De plus en plus on murmure le mot de « sainte » au sujet de Louise.
Sainte Beuve écrira à son sujet : « Quand on lit le chapitre de l’Imitation où il est question de l’amour divin, Madame de la Vallière est une de ces figures vivantes qui nous l’expliquent en sa personne et qui nous le commentent le mieux. »
 
 

(La rédaction de cet article s’inspire largement du livre de Monique de Huertas. Pour mieux connaître la vie de cette amante de Dieu.Louise de la Vallière, De Versailles au Carmel, Chez Pygmalion.)



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