| Père Jacques de Jésus - Qui es-tu ? - Père Jacques, nous vous écoutons en direct! |
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Père Jacques, nous vous écoutons en direct! Jacques de Jésus ou la parole de l'éducateur : « Continuez sans moi, mes enfants! » À la suite de Guy Gilbert, allons au petit Collège d'Avon et parcourons la forêt de Fontainebleau. Ces lieux résonnent encore de la voix et des pas du Père Jacques et nous livrent son âme d'éducateur. Laissons-nous séduire par le don extraordinaire de ce carme auprès des jeunes. S'il a illuminé la route de Guy Gilbert, celle qui devait le conduire auprès de jeunes que la souffrance et le rejet placent au cœur même de l'Église, il éclairera aussi la nôtre. En ce début du troisième millénaire, les jeunes ne sont-ils pas toujours au cœur de l'Église, même s'ils semblent souvent être au dehors? Dans un monde qui a perdu le sens de la paternité et de la vraie filiation, un monde où Dieu semble le grand absent, comment pourraient-ils envisager de fonder une famille? Qu'est devenue leur soif d'engagement? L'avenir compte si peu pour eux, à côté du plaisir immédiat. La violence est parfois leur seul moyen d'expression et la drogue une fuite. Comment éduquer les jeunes aujourd'hui? Quel est le secret de votre don extraordinaire ? Un amour passionné des jeunes qui est en vous comme un débordement de l'amour de Dieu. Un jour, vous confiez à votre frère René : « Si tu pouvais savoir ce que j'ai pu lutter contre moi pour suivre l'appel de Dieu, tu ne m'interrogerais pas sur les enfants. Ce que j'ai regretté le plus, ce dont j'ai le plus souffert en devenant prêtre, c'est de n'avoir pas d'enfants. Y penses-tu [...] ne jamais s'entendre appeler: "Papa"! [...] Mais le Bon Dieu a été vraiment bon pour moi, puisqu'il m'a placé parmi les enfants, [...] et au lieu d'une toute petite famille, j'ai la grande famille, celle des autres que je fais mienne en Dieu. » Avant le grand tournant de sa vie d'apôtre que sera le jour de son arrestation, ce 15 janvier 1944, le Père Jacques sera toujours au contact de la jeunesse. Si ses talents exceptionnels d'éducateur se sont surtout révélés au petit Collège d'Avon de 1934 à 1944, auparavant dans les années vingt, alors qu'il était l'abbé Bunel, il fut à la fois surveillant et professeur à l'Institution Saint-Joseph du Havre, aussi peu conformiste dans une fonction que dans l'autre. Aumônier d'une troupe de scouts, il emmène celle-ci en Angleterre à un jamboree à Plymouth où il retrouve les troupes de Birmingham et de Londres. Il fut très impressionné par cette rencontre, et a, à sa manière, participé au rapprochement des Églises et à la construction de l'Europe. Ainsi, tout ce que Jacques de Jésus a pensé, dit et fait en matière d'éducation, est le fruit d'une longue expérience et d'une connaissance du terrain. L'appel du Carmel devient irrésistible, il entre au couvent de Lille en 1931 et il devient frère Jacques de Jésus. En 1934, un an avant sa profession perpétuelle, il est nommé directeur fondateur du petit Collège Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus d'Avon, à côté de Fontainebleau. Celui-ci ouvrira ses portes pour cette année scolaire. Le Carmel n'est cependant pas un ordre enseignant, mais ce petit Collège doit recevoir avant tout des élèves ayant une vocation religieuse. Finalement, il accueillera aussi des enfants intelligents et sérieux, que les parents désirent faire bénéficier d'une solide formation chrétienne. « Faisons d'abord une belle œuvre humaine, Dieu y choisira ceux qu'il veut, au moins, nous en aurons fait des hommes! » dira son directeur. Jacques de Jésus a conscience de la splendeur de la tâche qui lui échoit: « Notre petit collège s'est formé au sein de la famille carmélitaine! [...] il est l'œuvre de Dieu! » Dieu hante cette âme éprise d'absolu, et seul le Carmel peut l'aider à réaliser ces deux vocations impérieuses: Dieu médité et prié, et l'action auprès des jeunes. Joie pour l'éducateur, sacrifice pour le moine, car il est vraiment l'un et l'autre. Écoutons-le:
Pensons à l'éducation donnée alors à la jeunesse d'Europe dans certains États totalitaires, fascistes, nazis, soviétiques, ces derniers réservant une certaine place à la culture de l'esprit. Pour ces régimes, l'éducation est le moyen le plus puissant d'assurer leur durée. L'enfant est arraché à sa famille et placé dans les mains de l'État. Celui-ci en fait un homme nouveau, une nouvelle race élue entièrement fanatisée et dévouée. Ces « nouveaux esclaves » sont destinés à devenir les maîtres de l'Europe et du monde. En France même, la main mise de l'État laïc et de la franc-maçonnerie sur l'éducation ne propose aux jeunes qu'un idéal de rabais. À la première distribution des prix en 1935, le Père Jacques annonce son programme:
Il est un révolutionnaire, un novateur. Toute sa vie il a cherché, expérimenté. Il n'y a rien d'installé en lui, et ses convictions nous secouent. « Convenons que c'est une vie contre nature qu'on impose à ce petit être tout en muscles et en pirouettes, fait pour courir et pour sauter, et que l'on oblige à de longues stations immobiles devant un pupitre. [...] Ce qu'il ne peut librement trouver dans la forêt, [...] donnons-le-lui à l'occasion de son travail et de sa formation morale. Mettons-le à la chasse des bons points et des récompenses. » Voici le témoignage d'un de ses élèves : « Nous faire prendre nos responsabilités, laisser jouer l'initiative personnelle, tel était son but. L'exemple le plus frappant de la confiance qu'il nous faisait, était de nous laisser seuls sans surveillant pendant une composition. [...] Nous avions beaucoup plus à cœur d'être irréprochables lorsque nous étions livrés à nous-mêmes qu'en la présence d'un surveillant! » La défaite de 1940 va beaucoup marquer le Père Jacques et infléchir quelque peu ses convictions. À la réouverture du collège en 1941, il constatera avec tristesse:
La Culture? Il fut vraiment un pédagogue d'avant-garde. Ses anciens élèves se rappelaient:
Selon un de ses professeurs, « S'il se passionne pour la peinture, c'est surtout pour être en mesure de former ses enfants. [...] il n'hésite pas à étonner en conduisant lui-même ses élèves dans les musées, salons et expositions. De fait, le spectacle est assez inusité de ce moine entouré d'élèves au milieu de tableaux qui ne sont pas du tout religieux. [...] Il est en relation avec plusieurs peintres et critiques d'art et se passionne pour la peinture moderne. [...] il attend beaucoup de la peinture et des arts plastiques pour la formation religieuse. » « Que de choses vues dans Paris! Depuis le zoo de Vincennes jusqu'aux tours de Notre Dame, en passant par les ateliers de l'Illustration et le Palais de la Découverte... et l'expédition aux châteaux de la Loire. [...] Lever à 4h30, retour le soir à 23h30, après quelques 500 km en autocar! Ce fut une journée splendide! » C'était pour lui l'occasion d'éveiller chez les jeunes le sens de la patrie. « Chacun de vous est une petite portion de France, en vous cultivant intellectuellement, en vous sanctifiant, [...] c'est un peu de France que vous améliorez, que vous sanctifiez! » Pour l'orientation professionnelle, il organisait à intervalles réguliers des causeries ou conférences faites par des hommes très qualifiés. Quelques-uns encore indécis ont pu ainsi affermir leur vocation. Certains de ses élèves devineront que le Père Jacques leur avait un peu sacrifié sa vie de contemplation. L'éducateur est un éveilleur de Vie! Le Père Jacques écrit :
Jacques de Jésus ou la parole du témoin dans la nuit de l'Histoire 1944 : depuis quatre ans, l'ordre nazi règne sur l'Europe. Les ténèbres de la barbarie et de l'avilissement recouvrent notre continent et notre pays. Les auteurs de cet ordre nouveau, ce sont les nouveaux maîtres de l'Histoire et du monde, les produits de l'éducation nazie, les plus purs représentants de la nouvelle race élue. Jacques de Jésus, vos paroles en direct se font maintenant plus rares, aussi nous vous écouterons surtout à travers les témoignages de ceux qui ont partagé votre captivité. Voici ce matin du 15 janvier 1944! Tous, élèves et professeurs, sont rassemblés dans la cour du Petit Collège d'Avon. Les trois enfants juifs que vous avez accueillis viennent juste de traverser cette cour, ils sont terrorisés, encadrés par la Gestapo, ils vont disparaître à jamais dans l'Enfer d'Auschwitz. À votre tour, vous surgissez sur le perron, une valise à la main, votre béret brun sur la tête, suivi de deux Allemands. C'est alors que souriant, vous lancez: « Au revoir les enfants! À bientôt! » Spontanément, tous vous répondent: « Au revoir, mon Père! » et applaudissent frénétiquement. Korff le chef de la Gestapo est furieux, il crie: « Taisez-vous, taisez-vous, silence! », puis... « Le Collège a caché des Juifs et des réfractaires. Le coupable, votre Directeur a été arrêté » Le Collège, un des foyers les plus actifs de la Résistance? Qui sert de refuge aux maquisards? Aux Israélites? Aux communistes? Le père Jacques, résistant? Le père Philippe de la Trinité, son Provincial et ancien sous-directeur, résistant et même membre du CNR, lui qui, à la Libération, siégera à l'Assemblée Consultative ? Ces deux hommes ont, pendant des années, travaillé ensemble dans une collaboration très étroite. Ils sont jeunes. Le père Philippe, le plus jeune, nous apprendra: « Je verrai toujours pe Père Jacques venant me proposer d'héberger des enfants juifs (rescapés en partie de la Rafle du Vel' d'Hiv.) J'ai d'abord hésité à lui donner l'autorisation, mais sur une deuxième demande plus instante, [...] constatant la nécessité où nous étions d'accueillir ces pauvres enfants, - car personne ne voulait les prendre - si nous ne voulions pas en fait les abandonner à la Gestapo, c'est-à-dire à la déportation en Pologne, à la mort par la torture, je lui ai donné toute autorisation en lui affirmant que, quoi qu'il arrive, il aurait non seulement le mérite de la charité, mais encore, ce qui est précieux pour un religieux celui de l'obéissance. [...] Il ne s'agissait pas de politique, au sens partisan du mot, il s'agissait de la morale, il s'agissait de la France. » Le Père Jacques ne répétait-il pas à ses hommes lors de la « drôle de guerre » : « Non seulement il faut vivre la guerre en hommes, il faut la vivre pour devenir plus hommes! » Désormais, il va accomplir jusqu'au bout sa tâche d'éducateur: « Si par hasard j'étais fusillé, je léguerais ainsi à mes élèves un exemple qui vaudrait pour eux plus que tous les enseignements que je pourrais leur donner. » D'aucuns l'ont blâmé d'une imprudence qui compromettait l'année scolaire du Petit Collège, de manquer d'âge et d'expérience. En fait le père Jacques n'a été imprudent que dans la mesure où la lâcheté des gens l'y a forcé. Père Jacques, nous voulons vous accompagner pendant votre long martyre, de janvier 1944 jusqu'à la Libération en mai 1945: depuis votre petite cellule de la prison de Fontainebleau jusqu'au camp de Mauthausen, depuis le camp de Compiègne où la figure de Jeanne d'Arc s'est certainement imposée à vous, depuis le camp de la mort de Neue Breme, depuis l'usine Steyr au camp de Gusen. Vous êtes devenu Nacht und Nebel, « Nuit et Brouillard », vous n'existez plus, vous êtes mort, vous ne pouvez plus ni écrire ni rien recevoir. C'est la nouvelle voie que Dieu vous trace, elle sera pour vous Chemin de Croix et de Lumière. Dès votre arrestation, le père Philippe de la Trinité, avec quel cran, est allé à la Gestapo de Melun pour obtenir votre libération. Il a multiplié les démarches auprès des plus hautes autorités allemandes, avec bien sûr l'autorisation des chefs de la Résistance. Mais vous le suppliez de ne pas essayer d'obtenir cette libération. « Non, vraiment, je ne puis quitter la prison sans [...] mes compagnons de misère. [...] Il faut des prêtres dans les prisons, si vous saviez. » En fait, père Jacques, vous avez toujours été pris entre deux exigences contraires, celle de votre devoir d'état, c'est-à-dire la marche du Collège, la formation des enfants, et faire quelque chose de plus héroïque pour le salut de la France contre cette vague de paganisme et de barbarie qui menaçait de tout submerger et qui vous révoltait. Cependant, vous restez plus que jamais un Éducateur, un éveilleur de vie, de vie éternelle. « Notre vie qui est si belle, qui doit si violemment nous enthousiasmer, [...] il faut la vivre en plénitude. » Vous vous donnez tout entier à votre nouvel apostolat. En fait, vous naissez véritablement à l'apostolat en prison. On ne saisit rien de Mauthausen tant qu'on croit n'entendre que le silence, tant qu'on ne prête pas l'oreille à l'immense clameur des milliers de jeunes hommes qui furent entassés dans ces baraques immondes, tant qu'on ne saisit rien du délire des fous furieux armés de gourdins et de mitraillettes qui ne cessaient pas de s'acharner sur les captifs. Telle est la perception de Michel Carrouges dans son livre. L'Enfer de Dante ne semble qu'une vieille image d'Épinal comparée au drame affreux qui se déroule chaque jour sous nos yeux et que rien ne saurait décrire. Si le père Jacques a pu garder sa robe de bure, ce qui lui attirait les plus grossiers sarcasmes des S.S., dès son arrivée à Mauthausen, il en est dépouillé et revêtu comme tous les prisonniers d'une chemise et d'un caleçon rayé, et d'une paire de sabots de bois. Mais un tel homme ne sera en vérité jamais emprisonné. Si à Avon, son cloître était la nature, un coin de prairie, un bouquet d'arbres, le bord de l'eau, ici, à Mauthausen, il trouve enfin un cloître à ses propres dimensions. Dans la nuit de l'Histoire, il va s'y livrer à la grande prière du Carmel. Le silence est le climat de son âme de Carme. Il se laisse envelopper par lui comme par le vêtement de Dieu. À demeurer sans cesse dans un contact profond, personnel et vivant avec Dieu, l'âme du Carme devient semblable à Dieu. Elle comprend que tout ici-bas jusqu'au plus minime événement ne se produit que par ordre ou permission de Dieu. Pour le Père Jacques, un seul souci: être où Dieu veut, faire ce que Dieu veut. Une double soif le tenaille: voir Dieu bientôt et amener toutes les âmes à la vérité. Sa contemplation va faire l'histoire du salut. À Mauthausen, à côté de ces souffrances physiques, les souffrances morales sont les pires. « On ne nous parlait jamais comme si on s'adressait à un homme. [...] Une chose très importante: Nos chefs étaient pour la plupart des cas, des criminels, qui déjà avant la guerre étaient condamnés au bagne par les tribunaux allemands pour assassinat, pour vol, pour délits très graves. Ils avaient sur nous un pouvoir discrétionnaire. Plus ils étaient durs vis-à-vis de nous, plus ils étaient inhumains, mieux ils étaient vus et traités par les S.S. » Face à ses bourreaux, Jacques de Jésus est resté le témoin de la liberté absolue. Un jour, un prisonnier tentait de faire les cent pas avec lui et le capitaine de Bonneval, cela par une nuit glaciale. Cet homme ne put plus se retenir: « "Enfin, père Jacques, ce n'est pas possible de continuer à souffrir comme ça, il faut bien que le Christ soit là pour nous aider..." - "N'en doutez pas, m'a-t-il dit d'un ton éclatant de certitude, aussi vrai que nous sommes là tous les trois, le Christ est là au milieu de nous, comme Il était sur sa Croix et vous pouvez Le contempler." "Je suis sûr que le père Jacques, lui, le contemplait."» Sa grâce de prêtre et de Carme va l'aider à poursuivre sa vocation d'éducateur et à la transfigurer. Ici, dans les ténèbres de l'enfer concentrationnaire, il va éduquer, conduire à la vraie vie, à la vie éternelle, ses compagnons de déportation. À Compiègne tous les matins, il peut célébrer la messe à la chapelle. 200 détenus y assistent, lui-même est agenouillé sur le plancher de cette pauvre baraque sans aucun prie-Dieu. Il organise aussi des causeries à thème religieux. Faute de chaire, il parle debout sur un tabouret Il aborde des sujets capables de frapper les cœurs: Dieu, la formation de l'adolescence, l'éducation de la jeunesse, le mariage, la beauté de l'amour, l'Évangile adapté à notre temps, face aux nouvelles réalités sociales. L'assistance très vite déborde hors de la chapelle. Viennent l'écouter ceux qui ne croient pas ou ceux qui sont contre. Le père Jacques, lui, était particulièrement attiré par un groupe de 400 communistes. Certains chefs impressionnants par l'élévation de leur esprit, assistent à ses conférences et le soutiennent beaucoup matériellement. Par la suite, il se lie d'amitié avec un autre communiste, cheminot de la Somme, qu'il retrouvera à Gusen à l'usine Steyr. Il l'a certainement ramené à la foi. À un catholique polonais quelque peu choqué, le père Jacques répondit:
Comment emprisonner un tel homme? Personne n'a pu le faire fléchir, aucun avilissement n'a pu l'abattre, les S.S. n'ont pu le dominer, l'intimider. Korff, le chef de la Gestapo qui l'arrêta à Avon, avouera au père Philippe de la Trinité: « Quel homme! Il n'a qu'un défaut, celui de n'être pas nazi! » Au camp de la mort de Neue Brème où règnent l'invraisemblable et la folie meurtrière, où tout n'est que désespoir et haine, sa dignité en impose au chef de camp Hornetz. Ce dernier est subjugué par la personnalité du père Jacques. Aussi, un jour, Hornetz lui demande-t-il de se charger de l'infirmerie. C'était en fait le plus cher désir du Père. L'infirmerie, là où les malades, la plupart dysentériques, gisent sur un tas de paille, de crasse, de vermine et même de fiente. L'épuisement et la souffrance les poussent rapidement jusqu'à la folie, comme de manger les mégots allumés que leur jettent les nazis. Aucun espoir, jamais. L'infirmerie n'est pas faite pour soigner, mais pour achever. Ici, pas question de chapelle, de messe, de conférence. Le père Jacques commencera à nettoyer l'infirmerie à grande eau de fond en comble. Tous les matins, il recommencera à lessiver par terre et à laver les malades un par un. Il lavera les draps et les chemises, fabriquera des bandes de pansements Quant aux médicaments, au risque d'être condamné au supplice, il va en « voler » à la pharmacie du personnel nazi. Il réussira, vrai miracle, à maintenir propre le block, au prix d'un travail surhumain et magnifique, malgré les coups dont il était gratifié chaque jour. Fait encore plus extraordinaire, il obtient d'Hornetz une nourriture supplémentaire pour les malades. Lui-même leur donnait très souvent sa propre ration. Bien que brûlant de fièvre, il travaille 18 heures par jour. Il ne se plaint jamais. Au cœur de l'enfer de Neue Breme, il empêcha la mort de plusieurs détenus. Ce fut de la folie héroïque! Jacques de Jésus, un homme pour qui ne comptent vraiment que Dieu et les autres! Ce qui frappait chez lui, c'était l'audace, le mépris de la souffrance et du danger, mais aussi cette soif si évidente de l'autre Vie. À la Libération, le 8 mai 1945, il est unanimement désigné comme président du Comité français du camp, mais totalement purifié dans ce baptême de sang, il est au bout de ses forces, et il y renonce. Peu de temps après, le jour de l'Ascension, une voiture va le conduire à Linz dans le camp français. Puis pour la Pentecôte, il est transporté à l'hôpital des sœurs de Sainte-Élisabeth, tout près du couvent des Carmes. « Je n'ai plus rien à dire... », « pour les derniers instants, qu'on me laisse seul! » Cela voulait dire: avec Celui dont j'ai recherché la compagnie toute ma vie. Le 2 juin 1945, ses yeux se ferment très doucement sans un geste, sans un cri, sans une plainte pour s'ouvrir à la Lumière. Il est emporté comme Jacques-France, Jean, David-Maurice, comme ces trois enfants juifs accueillis par lui à Avon, effacés d'une terre qui ne méritait plus de les porter. Ils sont là mystérieusement avec lui. Il voulait qu'à sa mort on chante la joie du Magnificat, la joie la plus profonde qui vit au cœur du Carmel. Son corps est transféré dans la crypte du Carmel de Linz. Si les nazis l'ont dépouillé de sa robe de bure, les Carmes lui rendent l'habit de son Ordre. Son cercueil est recouvert du grand drapeau tricolore qui flottait au centre de Linz et qu'on est allé décrocher. Quelle leçon il nous donne à nous et à ses élèves! Rappelons-nous ce qu'il disait à ses compagnons d'armes au début de la guerre: « Non seulement il faut vivre la guerre en homme, il faut la vivre pour devenir plus hommes. » Tout au long de sa vie, en servant la Patrie, il a servi Dieu. Jacques de Jésus, vous nous avez quittés trop tôt, vous auriez encore pu faire tant de choses après la Libération! Votre nom, Jacques de Jésus, vous l'avez réalisé pleinement. Vous êtes prophète pour notre temps, signe et annonce du Royaume qui vient, qui est déjà là. Vos paroles et vos gestes, comme venant de plus loin, ont interpellé des hommes plongés dans la terrible nuit de la guerre! Vous leur avez révélé la tendresse de Dieu. Vous avez affronté ouragans, tremblements de terre et feu, mais c'est dans la brise légère que vous rencontriez votre Dieu. « Si nous ne rayonnons pas la lumière du Christ, l'obscurité qui règne dans le monde augmentera », telle est la conviction d'un grand témoin de la charité de notre temps, Mère Teresa. Jacques de Jésus, quelle part mystérieuse avez-vous eu dans la victoire sur le nazisme? En ce début du troisième millénaire, les menaces qui pèsent sur notre monde sont encore plus terribles, la mondialisation qui réduit notre terre à un grand village les rend encore plus oppressantes. Pour n'en citer que quelques-unes: les attentats du 11 septembre et ceux qui ont suivi. Quelle profondeur de haine et de désespoir révèlent-ils chez leurs auteurs! L'injustice d'un conflit terriblement meurtrier qui depuis plus d'un demi-siècle déchire Israéliens et Palestiniens sur la terre du Christ, le sida qui ravage les peuples d'Afrique et aussi d'Asie, le fossé qui scandaleusement se creuse entre les nations développées et les plus pauvres, les expériences génétiques qui portent une atteinte fondamentale à la dignité de la personne humaine. Quelle part jouez-vous aujourd'hui dans le salut du monde? « JACQUES, tu es le FEU qui va nous éclairer le visage encore obscur de Dieu » selon le chant funèbre de Jean Cayrol, votre compagnon de captivité. Jacques de Jésus, nous sommes autour de vous pour écouter votre parole d'espérance, de justice, et de vérité! Monique VARENNE Institut Notre-Dame de Vie
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