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Le Carmel au Québec

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Bienheureuse Marie de Jésus Crucifié
(1846-1878)

Une famille éprouvée

Le foyer de Georges Baouardy et Mariam Chahyn était issu de deux familles libanaises de rite grec-melkite catholique qui avaient fui en Haute-Galilée la persécution ottomane du début de 19e siècle. Georges, artisan vertueux et pauvre, quitta son village après avoir été injustement emprisonné pour un assassinat. Avec son épouse, il se retira à Abellin (aujourd’hui Ibillin).

Le jeune couple eut successivement douze garçons qui moururent au berceau! Mariam, confiante au sein de l’épreuve, proposa à Georges d’aller à Bethléem «solliciter une fille de la Vierge Marie ». Leur longue marche de 170 km et leur prière à la grotte de la Nativité reçurent une heureuse réponse : la veille de l’Épiphanie, le 5 janvier 1846, naquit une petite fille qui fut nommée Mariam (Marie, en arabe). Le 15 janvier, Mariam fut baptisée et confirmée selon le rite de la liturgie orientale. Deux ans plus tard, la famille accueillait la naissance du petit Boulos. Mais, dans l’année, les parents moururent à quelques jours d’intervalle. Mariam fut recueillie par un oncle paternel habitant Abellin, et Boulos par une tante maternelle. Jamais plus sur cette terre Mariam et Boulos ne se revirent.

Mariam grandit choyée au foyer de son oncle, de situation aisée. Son enfance à Abellin est marquée par une recherche de solitude pour mieux songer à Dieu et par un sens profond de la mort, du néant : « Tout passe sur la terre. Que sommes-nous? Rien, poussière, néant, et Dieu est si grand, si beau, si aimable et Il n’est pas aimé! » se répète-t-elle souvent. Elle aime contempler le Créateur à travers les beautés de la nature… Dès l’âge de cinq ans, elle jeûne en cachette chaque samedi, en l’honneur de la Vierge Marie; à sept ans, elle se confesse tous les samedis.

La rupture. Les années d’errance…
Comme les autres filles de son milieu, Mariam n’allait pas à l’école, mais se dévouait à des tâches domestiques. Le mariage à l’âge de douze ans était fréquent. Aussi, alors que Mariam approchait de ses treize ans, ses tuteurs, soucieux d’assurer son avenir, la promirent en mariage à un parent.

La veille de ses noces, au cours d’une nuit passée en prière devant l’icône de la Vierge, Mariam décide de n’être qu’à Jésus : ni la colère de son oncle, ni l’intervention d’ecclésiastiques ne la détournent de son propos de virginité. Son oncle l’envoie à la cuisine et prescrit aux employés de la soumettre aux travaux les plus rudes et de la traiter sans égards. Son confesseur lui refuse l’absolution et la communion en raison de sa désobéissance.

Mariam témoigne qu’au bout de trois mois d’une situation bloquée, elle cherche à revoir son frère Boulos. Elle contacte donc un ancien domestique de la famille, un musulman qui s’apprête à partir pour Nazareth. Invoquant les tourments endurés par Mariam, il l’engage à se convertir à l’Islam. Mariam repousse la proposition et affirme hautement son appartenance au Christ et à l’Église catholique. Le musulman égorge l’adolescente et se débarrasse du corps dans une ruelle obscure. C’était la nuit du 7 au 8 septembre 1858. Une religieuse aux vêtements d’azur – la Vierge Marie – l’entoure de ses soins; au terme de la convalescence, Mariam est conduite au confessionnal de l’église Sainte-Catherine, à Alexandrie, desservie par les franciscains. La mystérieuse religieuse s’éclipse. De cet épisode, représentatif de la fréquente présence d’aspects surnaturels dans la vie de Mariam, elle gardera une voix rauque ainsi qu’une large cicatrice au cou, très surprenante d’un point de vue médical. Devenue religieuse, Mariam célébrera l’anniversaire de ses noces sanglantes.
Un franciscain place Mariam comme domestique dans une famille chrétienne. Elle ira de famille en famille, cherchant à demeurer inconnue, cultivant la pauvreté. Elle redistribue son salaire aux malheureux… Elle quitte une bonne place pour venir en aide à une famille réduite à la misère par la maladie : elle fait si bien que cette famille se rétablit en cinq semaines; Mariam la quitte alors sans plus tarder… Cherchant à revoir Boulos, elle passe par Jérusalem où elle se trouve faussement accusée d’avoir volé son employeuse. Traînée dans les souks, jetée en prison au milieu de femmes peu recommandables, elle est libérée deux jours plus tard.

Mariam poursuit son voyage; la tempête détourne son bateau sur Beyrouth, ville où elle souffre une humiliation analogue à celle de Jérusalem. Là aussi, elle se fait domestique; la bonté de Mariam lui vaut une certaine vénération, et la jeune fille change donc bien vite d’employeur. Mariam cherche toujours à rejoindre son frère. Mais une famille libanaise l’invite à aller se mettre au service de l’une de ses filles à Marseille.

Le Carmel
À 18 ans, au début de mai 1863, Mariam arrive à Marseille. Une rencontre «providentielle » l’incite à mettre à exécution son désir d’entrer au couvent. Après plusieurs démarches infructueuses, Mariam entre chez les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Mariam passe les deux années de postulat en faisant preuve d’une grande charité fraternelle. Cependant, l’admission au noviciat lui est refusée en raison de l’inquiétude de certaines religieuses face à ses multiples extases et à l’apparition de stigmates.

Or, la nouvelle mère-maîtresse, Mère Véronique, avait demandé à entrer au Carmel. Lorsqu’elle en reçoit l’autorisation, elle propose à Mariam de l’accompagner. Ainsi elles entrent au Carmel de Pau le samedi 15 juin 1867, aux premières vêpres de la fête de la Trinité. Le 2 juillet, Mariam commence son noviciat; désormais, elle s’appelle Sœur Marie de Jésus-Crucifié.

Mère Véronique la décrit ainsi : « À la voir, on ne lui aurait pas donné plus de 12 ans. Sa petite taille, sa figure candide, sa difficulté de s’exprimer en notre langue, sa profonde ignorance de toute chose, car elle ne savait même pas lire, ni en arabe, ni en français; tout cela réuni en faisait un vrai type de l’enfance; aussi pouvons-nous guère la désigner entre nous que sous le nom de la petite sœur. Cependant, chose surprenante, elle joint à cette simplicité la plus grande sagesse, un esprit droit, un jugement exquis, beaucoup de discernement, et l’expérience d’une personne âgée et, si elle est dénuée de talents acquis, nous ne fûmes pas longtemps à nous convaincre que son cœur et son esprit étaient riches des dons qui font les grandes âmes. » On peut ajouter que « la petite » se révélera une sœur converse active : aidée par un tempérament dynamique, elle se prodigue dans les travaux les plus lourds au jardin, à la buanderie ou à la cuisine. Aux récréations, sa conversation est charmante, relevée par la saveur toute évangélique de son parler dans lequel s’expriment ses origines galiléennes. Humilité, obéissance et charité sont les traits dominants de la vie de Mariam.

Au Carmel de Pau, Sœur Marie de Jésus-Crucifié bénéficiera d’appuis et conseils sûrs : Mère Élie de Jésus (prieure, puis maîtresse des novices jusqu’à sa mort, en 1870), Mgr Lacroix (évêque de Bayonne), M. Manaudas (supérieur du Grand Séminaire de Bayonne et exorciste du diocèse), M. Saint-Guily (supérieur du Carmel) et le Père Estrate (père de Bétharram, directeur spirituel de la jeune carmélite de 1872 à 1875) conjuguent discernement, prudence, vertu et expérience. Après examen du rapport de Mère Élie, Mgr Lacroix écrit, le 11 avril 1868 : « Les faveurs que reçoit de Dieu la jeune Arabe à laquelle vous avez donné l’hospitalité, me paraissent admirables et dignes du plus grand intérêt… Il importe que ce qui se passe de merveilleux, par rapport à l’état de la stigmatisée, demeure secret et ne sorte pas du monastère jusqu’à ce que le bon Dieu en décide autrement. »

Mangalore
Le 19 novembre 1870, trois carmélites de Pau – dont Sœur Marie de Jésus-Crucifié – arrivent à Mangalore (en Inde) pour y fonder un Carmel, à la demande de l’évêque du lieu, Mgr Marie-Éphrem. Le 21 novembre 1871, pour la fête de la Présentation de Marie au Temple, Sœur Marie fait profession temporaire. 

Le lendemain survient un incident : forte de l’assentiment de Mgr Marie-Éphrem, elle refuse de rendre compte d’une question de for interne à ses supérieures. Celles-ci en prennent ombrage et, en quelques jours, s’instaure une ambiance de méfiance et d’hostilité à l’encontre de la jeune carmélite. Son seul soutien humain ne dure guère: la fidélité de son confesseur, le Père Lazare, lui vaut d’être cassé de sa charge de vicaire général. Vient se rajouter l’épreuve d’une obsession diabolique qui lui fait faire des actes contraires à sa volonté. La jeune sœur est renvoyée le 23 septembre 1872.

Les retrouvailles de Sœur Marie de Jésus-Crucifié avec le Carmel de Pau lui seront un temps de joie, et le Seigneur ménagera à sa servante une période riche en grâces sensibles.

Bethléem
À la suite de visions, notre Sœur se détermine à œuvrer en vue de la fondation d’un Carmel à Bethléem. Le samedi 11 septembre 1875, au terme d’un voyage-pèlerinage, le petit groupe fondateur fête son arrivée par une visite à la grotte de la Nativité. Le Carmel sera érigé entouré d’interventions célestes.

Sœur Marie de Jésus-Crucifié a été désignée comme surveillante des ouvriers, le curé de Bethléem contrôlant le chantier. « Elle travaillait aux plus gros ouvrages ou bien elle allait s’occuper des ouvriers, surveiller les femmes qui portaient de l’eau pour la bâtisse. Et tous ces pauvres gens l’aimaient extraordinairement. Elle tâchait de leur faire du bien, de leur rendre quelque service, elle leur donnait de bonnes paroles si elle n’avait pas d’autre chose; et cependant, elle leur disait la vérité quand elle s’apercevait qu’ils volaient ou trompaient, ce qui n’était pas chose rare » (Mère Véronique).

Ayant reçu, en avril 1878, l’autorisation de fonder un Carmel à Nazareth, elle a l’occasion de revoir son village natal d’Abellin. Elle sera aussi à l’origine de la fondation à Bethléem d’une maison des Pères de Bétharram.

En juillet 1878, des crises d’étouffement apparaissent. « Ma Sœur Marie de Jésus-Crucifié continue à beaucoup souffrir. Néanmoins, elle se traîne toujours au travail avec des efforts inouïs et un dévouement admirable. » Le jour où sont écrites ces lignes, elle tombe en portant de l’eau aux ouvriers et se fracture le bras. Son état de santé s’aggrave rapidement et, après quatre jours de grande souffrance, à l’aube du 26 août 1878, elle remet son âme à Dieu.

« À présent que je regarde en arrière sur les dernières années de sa vie, je vois que Dieu s’est lui-même chargé de tenir cette âme dans l’humilité et son néant. Elle était exaltée par les créatures, même au-dessus de sa place; mais en revanche, elle souffrait des désolations, des peines intérieures si atroces, si cuisantes que, souvent, elle n’en pouvait plus. Dans toutes ses peines, cette chère enfant était le charme de nos récréations » (Mère Véronique).

Concluons avec une citation de Sœur Marie de Jésus Crucifiée : « L’âme qui espère en Dieu sera, par sa miséricorde, changée en un beau diamant. »

La « petite Arabe » a été béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1983.
 


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