Carmélites de Compiègne - Qui sont-elles ?

Les Carmélites de Compiègne
(par Michel Lafontaine)

Depuis 1789, la France est en ébullition. Une révolution déchire ses habitants. Compiègne, une cité millénaire du nord, en Picardie, sur les rives de l’Oise, n’est pas épargnée par les différends de la capitale. Ces bouleversements politiques auront des répercussions sur le calme quotidien du Carmel de Compiègne fondé un siècle et demi auparavant.

Cette communauté compte vingt et une religieuses à l’aube de la Révolution française et se compose de quinze religieuses choristes, d’une novice, de trois sœurs converses (chargées en principe des travaux ménagers), et deux tourières de l’extérieur (non liées par des vœux). Sous la tutelle maternelle de mère Thérèse de Saint-Augustin, une femme de 37 ans, chaleureuse et gratifiée de grandes qualités humaines et surnaturelles ajustées par un bon jugement, la communauté dont la moyenne d’âge se situe autour de 45 ans, s’épanouit dans l’esprit de leur fondatrice, sainte Thérèse d’Avila, comme un « petit collège du Christ ». La vie communautaire est colorée par les caractéristiques propres à chacune : quelques religieuses se présentent vives et enjouées, d’autres déploient leur forte personnalité, certaines manifestent douceur et modestie, tandis que des soeurs expriment par leur vie cette juste tension évangélique entre « l’action pratique » et « l’esprit de contemplation »…

Les événements dramatiques se bousculent. Dès octobre 1789, « l’émission des vœux dans tous les monastères » est suspendue au nom de la liberté individuelle. Constance, la jeune novice, ne peut ainsi prononcer ses vœux. Le lendemain de la Toussaint, afin d’éviter la banqueroute, les biens de l’Église sont « mis à la disposition de la Nation », ce qui entraînera rapidement la sécularisation des religieux au nom de la liberté : « Les droits de l’homme et la vie monastique sont incompatibles. Toutes les institutions sont faites pour la société, et la société peut les détruire quand elles deviennent inutiles. » La « Constitution civile du clergé » ne facilite pas non plus les choses.

En août 1790, la clôture du Carmel sera violée par des perquisitions faites par les membres du Directoire du district de Compiègne afin d’établir l’inventaire du monastère. Les officiers municipaux s’ingèrent aussi dans la vie interne du carmel en janvier 1791 en présidant aux élections de la prieure et de l’économe de la communauté. Mère Thérèse de Saint-Augustin sera réélue prieure. Entre temps, deux religieuses sont décédées au couvent, tandis que trois Carmélites s’absentent à Rosières, à Paris et à Sens. C’est d’ailleurs grâce à l’une de ces « échappées », Sœur Marie de l’Incarnation, que nous connaissons aujourd’hui comment les Carmélites ont vécu avec héroïcité leur chemin de la croix.

L’année 1792 s’avère cruciale : la monarchie est abolie le 10 août et les communautés religieuses sont supprimées une semaine plus tard. Les seize religieuses abandonnent alors costume et monastère le 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Sr Marie de l’Incarnation écrit à ce sujet : « le Seigneur, par le sacrifice qu’il exigeait d’elles, ou permettait, les enrichissait d’une très forte portion de cette croix ». D’ailleurs, quelques jours auparavant, pressentant les événements, les carmélites firent un acte communautaire de consécration en holocauste afin que la paix divine apportée par le Christ soit rendue à l’Église et au pays. Cet acte d’offrande repris quotidiennement par les religieuses, devint un soutien spirituel au moment de la dispersion dans plusieurs maisons amies de Compiègne. Au cours des vingt-et-un prochains mois, même si elles sont réparties en quatre groupes, elles demeurent fidèles à l’oraison et à la récitation de l’office et « on pourrait dire que l’obéissance se pratiquait avec toute l’exactitude du cloître ».

Ce n’est qu’au milieu de l’an 1794 que les Carmélites auront la joie d’être à nouveau réunies, mais pour un sombre destin humain. Elles sont arrêtées et emprisonnées le 23 juin; on leur accorde un peu de pain immangeable et un peu d’eau, et de la paille pour dormir. Le 10 juillet, elles sont reconnues « coupables ou prévenues de complicité devant le Tribunal révolutionnaire ». Elles seront alors transférées à la Conciergerie de Paris qu’on affublait du nom de « morgue »... Au cours d’une parodie de procès tenu le 17 juillet, où le jugement était déjà imprimé, sans témoin, ni avocat, on traite les Carmélites de « fanatiques » démontrant par des extraits de leur correspondance qu’elles machinaient contre la République. On les condamne alors à la peine de mort. sr Marie de l’Incarnation rapporte que « les 16 carmélites entendirent prononcer cet arrêt avec la sérénité et la joie des cœurs. »

Les Carmélites sont transférées autour de 18 heures vers la Barrière de Vincennes ou Place des Nations où se dressent la fameuse guillotine. On nous rapporte que tout le long du convoi, les religieuses vêtues de blanc, chantent sur la charrette. Le Miserere, le Salve Regina, le Te Deum, résonnent doucement dans les rues de Paris. La foule, habituellement bruyante, les accueille « par un silence respectueux dont aucun exemple n’a été donné au cours de la Révolution ». À 20 heures, au pied de l’échafaud, la prieure, afin de soutenir et réconforter ses filles, demande la grâce de passer la dernière. Ce qui lui fut accordé. Elle entonne alors le Veni Creator Spiritus et reçoit le renouvellement ultime des vœux de ses sœurs. Le tranchant de la guillotine et le bourreau sont maintenant prêts. On appelle alors la plus jeune, Constance. Après avoir été bénie par Sœur Thérèse, elle gravit les marches « joyeuse comme si elle allait à une fête » et entonne le Laudate Dominum omnes gentes… qui fut repris par ses compagnes. Le même silence qui avait accompagné le convoi se poursuivit pendant l’exécution des Carmélites de Compiègne qui « voulurent offrir leur vie pour que cette paix divine que le Fils de Dieu était venu apporter au monde fût rendue à l’Église et à l’État. » 

Leur martyre rend témoignage à la force que peut donner cet amour du Christ entretenu dans la vie d’oraison et de prières communautaires de la Carmélite. Comme Jésus a donné sa vie par amour, ses amoureuses du Christ ont donné librement leur vie pour la victoire de l’Amour. Une parole d’un chant composé à Compiègne disait : « L’Amour sera toujours vainqueur/ on peut tout quand on aime »…

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le 20 septembre

1952:  Carmel de Lisieux : Le Dilata prononcé par le Saint-Siège pour surseoir à la publication des Manuscrits autobiographiques de Ste Thérèse ayant été lévé le 2 novembre 1950, le Carmel de Lisieux, charge le Père Gabriel de Ste-Madeleine de préparer l’édition.

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