Le Carmel au Québec


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Figures du Carmel

Père Jacques de Jésus
1944

1944 : depuis quatre ans, l'ordre nazi règne sur l'Europe. Les ténèbres de la barbarie et de l'avilissement recouvrent l'Europe. Les auteurs de cet ordre nouveau, ce sont les nouveaux maîtres de l'Histoire et du monde, les produits de l'éducation nazie, les plus purs représentants de la nouvelle race élue.

Le matin du 15 janvier 1944, tous, élèves et professeurs, sont rassemblés dans la cour du Petit Collège d'Avon. Les trois enfants juifs qu'il a accueillis viennent juste de traverser la cour, ils sont terrorisés, encadrés par la Gestapo, ils vont disparaître à jamais dans l'Enfer d'Auschwitz. À son tour, le père Jacques surgit sur le perron, une valise à la main, son béret brun sur la tête, suivi de deux Allemands. C'est alors que souriant, il lance: « Au revoir les enfants! À bientôt! » Spontanément, tous lui répondent: « Au revoir, mon Père! » et applaudissent frénétiquement. Korff le chef de la Gestapo est furieux, il crie: « Taisez-vous, taisez-vous, silence! », puis... « Le Collège a caché des Juifs et des réfractaires. Le coupable, votre Directeur a été arrêté »

Le Collège, un des foyers les plus actifs de la Résistance? Qui sert de refuge aux maquisards? Aux Israélites? Aux communistes? Le Père Jacques Résistant? Le Père Philippe de la Trinité, son Provincial et ancien sous-directeur résistant et même membre du CNR, lui qui, à la Libération, siégera à l'Assemblée Consultative ? Ces deux hommes ont, pendant des années, travaillé ensemble dans une collaboration très étroite. Ils sont jeunes.

Le Père Philippe, le plus jeune, nous apprend:

« Je verrai toujours le Père Jacques venant me proposer d'héberger des enfants juifs (rescapés en partie de la Rafle du Vel' d'Hiv.) J'ai d'abord hésité à lui donner l'autorisation, mais sur une deuxième demande plus instante, [...] constatant la nécessité où nous étions d'accueillir ces pauvres enfants, - car personne ne voulait les prendre - si nous ne voulions pas en fait les abandonner à la Gestapo, c'est-à-dire à la déportation en Pologne, à la mort par la torture, je lui ai donné toute autorisation en lui affirmant que, quoi qu'il arrive, il aurait non seulement le mérite de la charité, mais encore, ce qui est précieux pour un religieux celui de l'obéissance. »

Désormais, il va accomplir jusqu'au bout sa tâche d'éducateur:

« Si par hasard j'étais fusillé, je léguerais ainsi à mes élèves un exemple qui vaudrait pour eux plus que tous les enseignements que je pourrais leur donner. »

D'aucuns l'ont blâmé d'une imprudence qui compromettait l'année scolaire du Petit Collège, de manquer d'âge et d'expérience. En fait le Père Jacques n'a été imprudent que dans la mesure où la lâcheté des gens l'y a forcé.

 
Un pédagogue d'avant-garde Martyre et Libération


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