Le Carmel au Québec


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Figures du Carmel

Père Jacques de Jésus
Manthausen

 

«On ne saisit rien de Mauthausen tant qu'on croit n'entendre que le silence, tant qu'on ne prête pas l'oreille à l'immense clameur des milliers de jeunes hommes qui furent entassés dans ces baraques immondes, tant qu'on ne saisit rien du délire des fous furieux armés de gourdins et de mitraillettes qui ne cessaient pas de s'acharner sur les captifs. » . (Michel Carrouges)

Entre janvier 44 et mai 45, on verra le père Jacques dans sa petite cellule de la prison de Fontainebleau, au camp de Mauthausen, au camp de Compiègne où la figure de Jeanne d'Arc s'est certainement imposée à lui, au camp de la mort de Neue Breme, à l'usine Steyr au camp de Gusen.

Dès son arrestation, le Père Philippe de la Trinité, se rend à la Gestapo de Melun pour obtenir sa libération. Il multiplie les démarches auprès des plus hautes autorités allemandes, avec bien sûr l'autorisation des chefs de la Résistance. Mais le père Jacques le supplie de ne pas essayer d'obtenir cette libération.

« Non, vraiment, je ne puis quitter la prison sans [...] mes compagnons de misère. [...] Il faut des prêtres dans les prisons, si vous saviez. »

En fait, le père Jacques a toujours été pris entre deux exigences contraires, soit de son devoir d'état, c'est-à-dire la bonne marche du Collège et la formation des enfants, et faire quelque chose de plus héroïque pour le salut de la France contre cette vague de paganisme et de barbarie qui menaçait de tout submerger et qui le révoltait. Plus que jamais, il reste un Éducateur, un éveilleur de vie, de vie éternelle. Il se donne donc tout entier à son nouvel apostolat. En fait, il naît véritablement à l'apostolat en prison.

MANTHAUSEN

Si le Père Jacques a pu garder sa robe de bure, ce qui lui attirait les plus grossiers sarcasmes des S.S., dès son arrivée à Mauthausen, il en est dépouillé et revêtu comme tous les prisonniers d'une chemise et d'un caleçon rayés, et d'une paire de sabots de bois. Mais un tel homme n'est jamais emprisonné.

Pour le Père Jacques, un seul souci: être où Dieu veut, faire ce que Dieu veut. Une double soif le tenaille: voir Dieu bientôt et amener toutes les âmes à la vérité. Sa contemplation va faire l'histoire du salut.

À Mauthausen, aux souffrances physiques, s'ajoutent les souffrances morales, les pires.

« On ne nous parlait jamais comme si on s'adressait à un homme. [...] Une chose très importante: Nos chefs étaient pour la plupart des cas, des criminels, qui déjà avant la guerre étaient condamnés au bagne par les tribunaux allemands pour assassinat, pour vol, pour délits très graves. Ils avaient sur nous un pouvoir discrétionnaire. Plus ils étaient durs vis-à-vis de nous, plus ils étaient inhumains, mieux ils étaient vus et traités par les S.S. »

Face à ses bourreaux, Jacques de Jésus demeure le témoin de la liberté absolue. Un prisonnier, par une nuit glaciale, tente de faire les cent pas avec lui et le capitaine de Bonneval . Cet homme ne peut plus se retenir:

« "Enfin, Père Jacques, ce n'est pas possible de continuer à souffrir comme ça, il faut bien que le Christ soit là pour nous aider..." - "N'en doutez pas, m'a-t-il dit d'un ton éclatant de certitude, aussi vrai que nous sommes là tous les trois, le Christ est là au milieu de nous, comme Il était sur sa Croix et vous pouvez Le contempler."»

Sa grâce de prêtre et de Carme l'aide à poursuivre sa vocation d'éducateur et à la transfigurer. Ici, dans les ténèbres de l'enfer concentrationnaire, il éduque, conduit à la vraie vie, à la vie éternelle, ses compagnons de déportation.

 
1944 Compiègne


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