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À Compiègne tous les matins, il peut célébrer la messe à la chapelle. Deux cents détenus y assistent, lui-même est agenouillé sur le plancher de cette pauvre baraque sans aucun prie-Dieu. Il organise aussi des causeries à thème religieux. Faute de chaire, il parle debout sur un tabouret Il aborde des sujets capables de frapper les cœurs: Dieu, la formation de l'adolescence, l'éducation de la jeunesse, le mariage, la beauté de l'amour, l'Évangile adapté à notre temps, face aux nouvelles réalités sociales. Très vite l'assistance déborde hors de la chapelle. Viennent l'écouter ceux qui ne croient pas ou ceux qui sont contre. Le Père Jacques, lui, était particulièrement attiré par un groupe de 400 communistes. Certains chefs, impressionnants par l'élévation de leur esprit, assistent à ses conférences et le soutiennent beaucoup matériellement. Par la suite, il se lie d'amitié avec un autre communiste, cheminot de la Somme, qu'il retrouvera à Gusen à l'usine Steyr. Il l'a certainement ramené à la foi. À un catholique polonais quelque peu choqué, le Père Jacques répond:
« Ainsi, tout le camp (de Royal-Lieu à Compiègne) sans distinction de croyances et de partis était dans la chapelle et à l'entour, le local ne pouvant contenir tout le monde. [...] il y avait un grand souffle de pureté, un grand souffle d'amour, un grand souffle de vérité et cela était encore plus important que l'exposé lui-même si instructif» (témoignage). Puis les conférences sont suspendues, la messe doit être célébrée clandestinement. Croyants et incroyants forment une grande chaîne de solidarité pour permettre au Père Jacques de dire sa messe. Ceux qui ne croient pas font le guet pour permettre aux croyants d'y assister. Une fois, la messe sera célébrée près des barbelés. Et les confessions? Tout est clandestin dans les camps. Cependant, il confesse chaque jour. Le matin, aussitôt qu'il a bu son café et s'est habillé, avant de partir à l'usine, il est à la disposition de chacun, et c'est un véritable défilé « pour un grand lessivage » comme il dit. Le soir, après ses 12 heures de travail, il donne des absolutions aux pauvres moribonds accrochés aux fenêtres de l'infirmerie. Une personne de la grande société parisienne fait avec lui sa première confession et sa première communion au camp. Comment emprisonner un tel homme? Personne n'a pu le faire fléchir, aucun avilissement n'a pu l'abattre, les S.S. n'ont pu le dominer, l'intimider. Korff, le chef de la Gestapo qui l'arrêta à Avon, avouera au Père Philippe de la Trinité: « Quel homme! Il n'a qu'un défaut, celui de n'être pas nazi! »
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