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SAINT PIERRE THOMAS
(~1305-1366)

 
Pierre Thomas est né vers 1305 dans une famille extrêmement pauvre, dans un petit village qui pourrait être Lebreil au sud du Périgord. Pour ne pas aggraver la pauvreté de sa famille, et désireux de s’instruire, tout jeune homme , il quitta ses parents et s’installa à Montpazier où il fréquenta l’école pendant trois ans, vivant d’aumônes et instruisant les plus petits.
©SEvans
Il fut remarqué par les Carmes et le prieur de Bergerac l’appela dans son couvent et lui fit prendre l’habit. Il y prononça ses vœux et reçut l’ordination sacerdotale à Agen. Il continua ses études à Paris, puis fut nommé lecteur à Cahors où, après avoir prêché pendant une procession contre une terrible sécheresse, il fit tomber une « pluie miraculeuse». Devenu bachelier en théologie, il fut élu Procurateur de son Ordre en 1345 et envoyé à la Curie pontificale d’Avignon. Là le cardinal de Périgord, Elie Talleyrand, le fit nommer prédicateur apostolique et intervint pour qu’il puisse terminer ses études à Paris et être déclaré maître en théologie. C’est à cette époque, vers 1351, qu’il fut favorisé d’une apparition qu’il raconta au Vénérable Jean de Hildesheim, après que celui-ci l’en eut beaucoup supplié :
 
«Je me suis endormi l’âme triste, lui dit-il, et avec de brûlants désirs d’obtenir de la Bienheureuse Vierge, protection et sauvegarde pour mon Ordre. Elle-même m’a répondu : «Pierre, ne crains pas car notre Religion du Carmel durera jusqu’à la fin : le premier patron de l’Ordre Élie a demandé cette grâce à mon Fils, lors de la Transfiguration et il l’a obtenu.»
À la mort du pape Clément VI, il accompagna la dépouille mortelle jusqu’à la Chaise-Dieu. À partir de cette date (1353) Pierre Thomas consacra toute sa vie à accomplir les missions délicates qui lui furent confiées par le Saint Siège : la pacification entre tous les chrétiens, la défense des droits de l’Église auprès des monarques les plus  puissants de l’époque, l’unification des églises orthodoxes, slaves et byzantines et de l’Église de Rome, la croisade contre les musulmans et la libération de la Terre Sainte.

En 1354 il fut promu évêque de Patti et Lipari et prit part à une mission pontificale en Serbie. En chemin, il rencontra l’empereur germanique Charles IV avec lequel il devait traiter au nom du Saint Siège. Pendant la traversée de l’Adriatique, grâce à l’intervention du saint, le groupe fut protégé d’une attaque turque puis d’une tempête et arriva à la cour serbe au début du mois de mars 1355. Malheureusement il échoua dans son entreprise de réconciliation entre les églises. Il ne réussit pas non plus à conclure la paix entre Venise et la Hongrie. Cependant à Constantinople, en avril 1357 le légat du pape reçut la soumission du «Basileus» auquel il donna la Communion eucharistique , de plus il obtint l’adhésion de plusieurs nobles grecs.. L’empereur Jean le Paléologue remit à Pierre Thomas une lettre dans laquelle il promettait de tout faire pour rendre l’union effective. Après un pèlerinage à Jérusalem Pierre Thomas rentra à Famagouste dans l’île de Chypre.

C’est alors que le 10 mai 1359 le pape Innocent VI proposa Pierre Thomas pour le siège de Corone (Péloponèse) et lui donna la charge de légat pontifical en Orient, avec une juridiction étendue sur Morea, Constantinople et les territoires vénitiens en Roumanie. Il repartit donc en voyage à Venise, à Constantinople, et en Crète pour éradiquer une abominable hérésie qui se répandait parmi les Latins. Puis il retourna à Chypre à Famagouste où le dimanche de Pâques 1360, il posa sur la tête de son ami Pierre de Lusignan la couronne de roi de Jérusalem. Avec une douce persuasion, il s’efforça de longs jours durant de ramener dans l’unité catholique les orthodoxes chypriotes dont la résistance mit en grand danger la vie du légat. Par la suite toutefois, il réussit à incorporer dans l’Église romaine toute la hiérarchie et presque tous les prêtres dissidents. Lorsque la peste se déclara dans l’île, il organisa des prières publiques contre cette maladie.

Devenu directeur spirituel de Philippe de Mézières, chancelier de Pierre Ier, il conçut avec lui l’idée d’une nouvelle croisade. En Avignon, Pierre Thomas trouva un nouveau pape, Urbain V (1362-70)  qui lui promit l’archevêché de Crète et approuva la croisade. Pendant que Pierre de Jérusalem visitait les cours d’Europe pour solliciter de l’aide pour cette croisade, le saint accepta une mission pacificatrice à Milan puis, à cause de troubles entre l’Émilie, la Lombardie et Avignon, il dut administrer, non sans avoir échappé à un complot, la ville de Bologne. Enfin, il assista à la signature du traité de paix tant souhaité (13 mars 1364).

Vers la mi-mai 1364, il fut élu patriarche latin de Constantinople et légat du pape à la croisade. Arrivé à Venise, il attendit avec crainte l’arrivée du roi Pierre, qui rentra finalement le 11 novembre les mains presque vides. Le départ de la croisade fut encore retardé d’autant plus que la guerre avait éclaté entre Chypre et Gènes. Choisi comme négociateur, «aussi rapide qu’une flèche», Pierre Thomas réussit à réconcilier la république ligure avec le souverain de Chypre.(18 avril 1365).

Le 27 juillet, les navires de la croisade levaient l’ancre à Venise, et Pierre Thomas exhortait à la vaillance ceux qui partaient. Le 4 octobre il bénit toute la milice du Christ, qui, le 9, était déjà dans le port d’Alexandrie en Égypte. Par ses paroles et le pouvoir de la relique de la Sainte Croix qu’il tenait en mains au moment de l’assaut, le légat joua un rôle important dans la prise de la ville le lendemain. La victoire aurait pu être très grande, dit Pétrarque si l’armée latine, de crainte que les Turcs ne viennent à la rescousse, n’avait pas, contre l’avis du Légat et de quelques autres, honteusement abandonné Alexandrie réduite à un tas de cendres  et n’était pas rentrée à Chypre (16 octobre). À ce propos, Pierre Thomas écrivit une lettre pathétique à Urbain V et à l’empereur Charles IV.

Il se préparait à embarquer pour revenir à la Curie, quand ayant pris froid pendant les fêtes de la Nativité en 1365, il tomba grièvement malade le 28 décembre; n’ayant plus que la peau sur les os, il termina pieusement sa vie terrestre le 6 janvier 1366 dans le couvent des Carmes de Famagouste après avoir distribué tous ses biens.

Ses funérailles furent triomphales; les dissidents grecs, qui de son vivant, l’auraient «saigné de bon cœur» y participèrent. Dès qu’il fut sous terre, on pu constater des guérisons et d’autres miracles. Le 8 mai on ouvrit sa tombe et on retrouva le corps parfaitement intact. La demande de canonisation fut présentée et il fut interdit de transférer son corps en dehors de Chypre pendant 10 ans. La conquête de Chypre par les Turcs en 1571 et le tremblement de terre de 1735 effacèrent tout souvenir de Pierre Thomas dans cette Île, réalisant ainsi le vœu du saint d’être oublié. À Lebreil, la petite chapelle érigée près de sa maison natale a été détruite à la Révolution française. Sont disparus aussi les quatre volumes de sermons et le traité sur l’Immaculée Conception que la tradition lui attribue. Parmi les reliques attribuées au saint, on retrouve celle de la Sainte Croix qu’il portait comme un drapeau pendant la croisade d’Alexandrie. Elle est conservée à Venise.

Le culte de Pierre Thomas confirmé par Paul V et ratifié par Urbain VIII en 1628 est célébré le 8 janvier par l’Ordre des Carmes et le diocèse de Périgueux. En 1944, à Rome, les carmes ont donné le nom de Pierre Thomas à leur Institut de philosophie. Cet humble carme est une grande figure européenne et oecuménique  du XIVème siècle.