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Le Carmel au Québec

Histoire d'un carmel
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«Pour les prêtres»
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Thérèse carmélite

« Les illusions, le bon Dieu m'a fait la grâce de n'en avoir aucune en entrant au Carmel. » (Ms A, 69v°)

Mais les surprises ne manquèrent pas ! Ce 9 avril 1888, Thérèse se retrouve avec 26 carmélites, dont la moyenne d'âge est de 47 ans. Milieu hétérogène tant par l'instruction que l'éducation des sours, provenant de milieux divers, voire opposés... Carmel petit, pauvre. « Avec quelle joie profonde je répétais ces paroles : "C'est pour toujours, toujours que je suis ici !..." » (Ms A, 69v°)

Sa Prieure

Thérèse connaît Mère Marie de Gonzague, la prieure, depuis l'entrée de Pauline, il y a déjà 6 ans. Au parloir, ne lui avait-elle pas confié sa vocation pour le Carmel ? Âgée de 54 ans, elle est une femme de caractère, qui exerce un grand ascendant sur sa communauté et au-dehors.

Figure contrastée, et passablement contestée plus tard, lors du Procès de Canonisation de Thérèse, elle n'en demeure pas moins une femme attachante... même si elle se montre très sévère envers la postulante de 15 ans. La formation religieuse de l'époque !

Ses compagnes

Soeur Marie des Anges est la maîtresse des novices ; elle s'occupera de la formation spirituelle de Thérèse. « Une vraie sainte, le type achevé des premières carmélites » (Ms A, 70v°), dira d'elle Thérèse. N'empêche que ce ne fut facile ni pour l'une, ni pour l'autre, car Thérèse, malgré toute sa bonne volonté, ne savait pas se confier.

Mère Geneviève de Sainte-Thérèse, 83 ans, est la doyenne du groupe ; cinquante ans plus tôt, elle fut l'une des fondatrices de ce monastère. Très souffrante depuis plusieurs années, elle irradie une sainteté pleine de simplicité.

N'oublions pas les deux sours de Thérèse : Pauline et Marie. Mais « j'étais au Carmel et non plus aux Buissonnets sous le toit paternel !... » (Ms A, 75r°).

Thérèse tient bon dans le respect de sa vocation... tout en se réjouissant grandement quand Pauline est élue prieure, quelques années plus tard.

Et puis, et puis... Bien sûr, Thérèse sera plus proche des sours en formation, au Noviciat, d'abord parce qu'elle-même en fera partie pendant quelques années, puis parce qu'elle sera chargée de former les novices. Nous ferons bientôt leur connaissance.

Rayonner l'Amour

Dans la communauté, certaines sours lui seront spontanément sympathiques, d'autres, momentanément hostiles ou même antipathiques... C'est le lot de tout groupe humain... Mais Thérèse ne cèdera jamais à ces mouvements de nature...

Les soeurs Saint-Raphaël, Saint-Pierre et Marie de St-Joseph ont particulièrement bénéficié de sa bonté et de sa patience. Sans oublier sour Thérèse de Saint-Augustin, convaincue d'être la meilleure amie de Thérèse, vu que celle-ci ne cessait de lui sourire et de lui rendre de multiples services...

A toutes et chacune, au fil des années, Thérèse se montrera disponible pour leur faire plaisir. Elle a comme travail de peindre des images ? Si l'une ou l'autre des sours lui demande de peindre pour elle tel ou tel modèle, elle s'exécute... De même un peu plus tard, pour la composition de poèmes religieux ; heureusement pour nous,car ces pièces recèlent une grande part de la doctrine thérésienne...

Le vrai visage
 


Quand Céline entre au Carmel, en août 1894, elle apporte son appareil photographique... ce qui nous vaut une quarantaine de photos de Thérèse et de sa communauté ; par exemple, celle du lundi de Pâques 15 avril 1895.

Neuf ans durant, Thérèse est des leurs. Décédée en septemble 1897, elle ne tarde pas à «revenir » (CJ 9.7.2) sur la terre.

De nouveau, à sa manière si délicate, elle sera au service de ses 25 sours, très spécialement au moment de leur passage vers le Père... comme Mère Marie de Gonzague en fit l'heureuse expérience quelque temps avant son décès, en 1904.

« Quel festin pourrait offrir une carmélite à ses sours si ce n'est un festin spirituel composé de charité aimable et joyeuse ? » (Ms C, 28v°)

«Un petit chien de chasse»

« C'est moi qui cours après le gibier toute la journée. »

Ainsi s'exprime Thérèse, en 1894, sur son rôle de sous-maîtresse du noviciat... Elle continue : «Tu sais, les chasseurs (les maîtresses de novices et Prieures) sont trop grandes pour se couler dans les buissons, mais un petit chien... ça a le nez fin et puis ça se coule partout ! » (LT 167).

Cela fait 18 mois qu'elle remplit cette tâche... ardue s'il en est !

« De loin cela paraît tout rose de faire du bien aux âmes, de leur faire aimer Dieu davantage [...] De près c'est tout le contraire, le rose a disparu... on sent que faire du bien c'est chose aussi impossible sans le secours du bon Dieu que de faire briller le soleil dans la nuit... » (Ms C, 22v°)

Comment donc Thérèse va-t-elle s'y prendre, coincée qu'elle est entre une ancienne prieure à l'humeur changeante, et 5 sours en formation qui ont chacune un défi personnel à relever pour devenir d'authentiques carmélites ?

«J'ai senti que l'unique chose nécessaire était de m'unir de plus en plus à Jésus et que le reste me serait donné par surcroît. » (Ms C, 22v°)

Sur le terrain, comment s'y prend-elle ?

Avec les sours Marthe et Marie-Madeleine, qui, pour des raisons différentes, ont connu une enfance difficile et débilitante, Thérèse sera d'une patience inlassable et d'un tact affiné.


Soeur Marthe répondra à ses avances et saura trouver auprès de sour Thérèse, l'appui nécessaire pour avancer sur la route du Carmel... non sans heurts! Mais, par-delà la mort, Thérèse veillera sur elle, si bien qu'au terme de sa vie, en 1916, Marthe confiera : « C'est incroyable le calme que j'éprouve. [...] Le bon Dieu n'est que douceur. Jamais je ne me serais attendue à le trouver si doux ; ma confiance en lui est illimitée ».(1)

Entre soeur Marie-Madeleine et Thérèse, le contact n'arrivera jamais à se faire... et pourtant, que d'essais ! Mais voilà : « Je la trouvais trop parfaite ; [...] elle devinait tout ce qui se passait dans mon âme ». Fuir, et même se cacher dans telle armoire ou au grenier... « Je n'étais pas en état autrefois de profiter de ses avis, mais depuis son entrée au Ciel, je lui ai abandonné le soin de mon âme et comme elle m'a changée ! C'est incroyable, je suis toute paisible et confiante : je ne me reconnais plus ! »(2) dira-t-elle en 1915, peu avant son décès.

Soeur Marie de la Trinité est tout un poème ! Parisienne décontractée, il lui faut passer de l'extérieur... à l'intérieur ! Thérèse y voit... sans aucune concession, car elle a discerné la qualité d'être de sour Marie qui deviendra l'une des sours qui aura le mieux saisi, au quotidien, son message spirituel. Elle décède en 1944 sur ces mots : « Au Ciel, je suivrai partout la petite Thérèse. »(3)

Nous connaissons déjà Céline, sour Geneviève, la propre soeur de Thérèse. Ce ne fut pas sans peine que Thérèse exerça près d'elle son rôle de formatrice. Que de petites salades vinaigrées ! (cf. Ms C, 27) Le « plus tu seras pauvre, plus Jésus t'aimera » (LT 211), que de fois Thérèse ne dut-elle pas le lui répéter !... jusqu'au matin du 25 janvier 1959, où « la vie de Céline se consomma dans un dernier regard de joie. »(4)

Et soeur Marie de l'Eucharistie, cousine de Thérèse ? Ardente mais sensible à l'excès, elle a besoin de s'approfondir pour tout donner au Christ. Thérèse l'aidera grandement... avant comme après 1897, si bien que Marie dira : « La voie par laquelle (elle) me conduit, c'est l'Amour. (Elle) m'instruit beaucoup sur ce sujet. [...] C'est incroyable comme elle aimait et comme elle aime encore mon âme. »(5) Marie décédera elle aussi de tuberculose, en 1905.

« Je suis prête à donner ma vie pour (elles) » (Ms C, 23v°) : c'est ce qui résume au mieux, à la fois l'attention et l'affection de Thérèse envers les novices qui lui furent confiées.

(1) : Annales de Lisieux, février 1982
(2) : Annales de Lisieux, décembre 1981
(3) : Annales de Lisieux, juillet et août 1984
(4) : Annales de Lisieux, janvier 1985
(5) : Annales de Lisieux, mars 1985

s.Francine,ocd

Bouquets de fête

 
« Ce fut notre Ste Mère Thérèse qui m'envoya pour bouquet de fête en 1895 mon premier petit frère. » (Ms C, 31v°)

Il s'agit de Maurice Bellière, jeune séminariste de 21 ans, et futur Père Blanc. En mai 1896, un « sentiment de joie » (Ms C, 33) saisit Thérèse quand Mère Marie de Gonzague lui confie un deuxième frère spirituel, Adolphe Roulland, qui sera ordonné prêtre sous peu.

Joie débordante au cour de Thérèse, mais aussi soif d'être vraiment utile à ses deux frères. Mais qui sont-ils donc ?

L'abbé Maurice Bellière
Né à Caen en 1874, il perd très tôt sa mère et semble abandonné par son père. Il restera marqué par ce drame, même s'il est élevé avec affection par une tante.

Il est perçu comme ayant « un caractère agréable et enjoué mais une volonté inconstante devant la discipline »(1).

En un mot, il lui manque une certaine force d'âme que Thérèse, avec son tact habituel, s'efforcera de lui insuffler.

Le Père Adolphe Roulland
Né près de Bayeux en 1870, il connnaît une enfance heureuse. Le 8 septembre, le jour même de la Profession de Thérèse, il reçoit une lumière intérieure qui lui donne la certitude de sa vocation de prêtre et de missionnaire.

« Homme énergique, décidé, courageux, volontaire, à la foi bien enracinée et sûrement moins sensible que l'abbé Bellière »(2), il sera ordonné prêtre le 28 juin 1896.

Le 3 juillet, il passe au Carmel de Lisieux, rencontre la prieure et sour Thérèse au parloir, célèbre l'Eucharistie pour la communauté et remet à sa sour spirituelle une carte de la région de la Chine (le Sut-Chuen) où, le 2 août suivant, il partira ouvrer. Thérèse fixe cette carte sur le mur de son lieu de travail, comme un rappel à le seconder dans sa tâche et son labeur.
 

Créée pour être votre soeur

« Jésus m'a créée, il m'a choisie pour être votre soeur. » (LT 193 et 220)

En un mot, toute sa vie de carmélite est désormais investie dans ce lien fraternel : « Tout ce qui m'appartient, appartient à chacun d'eux » (Ms C, 33v). Et ses lettres (11 à l'abbé Bellière et 6 au Père Roulland), sont le reflet de ce don d'elle-même en leur faveur.

À l'abbé Bellière, elle dit : « J'ai senti que vous deviez avoir une âme énergique et c'est pour cela que je fus heureuse de devenir votre soeur. » (LT 247) Avec grande douceur mais de façon très persuasive, elle va l'entraîner sur sa « petite voie » de confiance et d'amour.

Très encourageante, elle se montre au besoin impérative, afin de stimuler son « cher petit Frère » : « J'ai constaté plus encore que dans vos autres lettres qu'il vous est interdit d'aller au Ciel par une autre voie que celle de votre pauvre petite sour. » (LT 261)
 

Aura-t-elle gain de cause ?

Maurice entrera au Noviciat des Pères Blancs la veille du décès de Thérèse ; ordonné prêtre en 1901, il partira missionnaire au Nyassaland (Malawi) en 1902 et reviendra en France 4 ans plus tard. malade et tourmenté. Il décédera l'année suivante, à 33 ans.

Grâce à lui, l'"Histoire d'une Âme" pénétrera en Afrique dès 1903. Thérèse l'aura accompagné sur son chemin de souffrance jusqu'au dernier jour : « Je serai toute l'éternité votre vraie petite sour » (LT 258).
 

Et le Père Roulland ?

Elle l'entraîne lui aussi à sa suite sur la « petite voie ». Après 13 ans de ministère en Chine, il est, à son grand regret, rappelé en France pour y remplir un fécond ministère. Très discret sur les faveurs que lui octroie Thérèse, il devient l'apôtre de sa vie et de son message. Il décède en juin 1934, à 64 ans. « Je suis pour l'éternité votre petite sour » (LT 254), lui avait écrit Thérèse à la fin de sa dernière lettre.
 

Que conclure ?

Peu avant son décès, Thérèse disait : « Quand je prie pour mes frères missionnaires, "j'offre" pas mes souffrances, je dis tout simplement : Mon Dieu, donnez-leur tout ce que je désire pour moi. » (CJ 4.8.8)
Tout y est !

(1). Suzanne Vrai, Thérèse de Lisieux et ses frères missionnaires, Médiaspaul, p.13.
(2). Id. p. 29.

s.Francine, ocd



 


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