Histoire d'un Carmel
Bouquets de fête
« Ce fut notre Ste Mère Thérèse qui m’envoya pour bouquet de fête
en 1895 mon premier petit frère. » (Ms C, 31v°)
Il s’agit de Maurice Bellière, jeune séminariste de 21 ans, et futur
Père Blanc. En mai 1896, un « sentiment de joie » (Ms C, 33) saisit
Thérèse quand Mère Marie de Gonzague lui confie un deuxième frère
spirituel, Adolphe Roulland, qui sera ordonné prêtre sous peu.
Joie débordante au cœur de Thérèse, mais aussi soif d’être
vraiment utile à ses deux frères. Mais qui sont-ils donc ?
L’abbé Maurice Bellière
Né à Caen en 1874, il perd très tôt sa mère et semble abandonné par
son père. Il restera marqué par ce drame, même s’il est élevé avec
affection par une tante.
Il est perçu comme ayant « un caractère agréable et enjoué mais une
volonté inconstante devant la discipline »(1).
En un mot, il lui manque une certaine force d’âme que Thérèse, avec
son tact habituel, s’efforcera de lui insuffler.
Le Père Adolphe Roulland
Né près de Bayeux en 1870, il connnaît une enfance heureuse. Le 8
septembre, le jour même de la Profession de Thérèse, il reçoit une
lumière intérieure qui lui donne la certitude de sa vocation de prêtre et
de missionnaire.
« Homme énergique, décidé, courageux, volontaire, à la foi bien
enracinée et sûrement moins sensible que l’abbé Bellière »(2), il
sera ordonné prêtre le 28 juin 1896.
Le 3 juillet, il passe au Carmel de Lisieux, rencontre la prieure et sœur
Thérèse au parloir, célèbre l’Eucharistie pour la communauté et remet
à sa sœur spirituelle une carte de la région de la Chine (le Sut-Chuen)
où, le 2 août suivant, il partira œuvrer. Thérèse fixe cette carte sur
le mur de son lieu de travail, comme un rappel à le seconder dans sa tâche
et son labeur.
Créée pour être votre sœur
« Jésus m’a créée, il m’a choisie pour être votre sœur. » (LT
193 et 220)
En un mot, toute sa vie de carmélite est désormais investie dans ce
lien fraternel : « Tout ce qui m’appartient, appartient à chacun d’eux
» (Ms C, 33v). Et ses lettres (11 à l’abbé Bellière et 6 au Père
Roulland), sont le reflet de ce don d’elle-même en leur faveur.
À l’abbé Bellière, elle dit : « J’ai senti que vous deviez avoir
une âme énergique et c’est pour cela que je fus heureuse de devenir
votre sœur. » (LT 247) Avec grande douceur mais de façon très
persuasive, elle va l’entraîner sur sa « petite voie » de confiance et
d’amour…
Très encourageante, elle se montre au besoin impérative, afin de
stimuler son « cher petit Frère » : « J’ai constaté plus encore que
dans vos autres lettres qu’il vous est interdit d’aller au Ciel
par une autre voie que celle de votre pauvre petite sœur. » (LT 261)
Aura-t-elle gain de cause ?
Maurice entrera au Noviciat des Pères Blancs la veille du décès de
Thérèse ; ordonné prêtre en 1901, il partira missionnaire au Nyassaland
(Malawi) en 1902 et reviendra en France 4 ans plus tard… malade et
tourmenté… Il décédera l’année suivante, à 33 ans.
Grâce à lui, l’"Histoire d’une Âme" pénétrera en
Afrique dès 1903… Thérèse l’aura accompagné sur son chemin de
souffrance jusqu’au dernier jour : « Je serai toute l’éternité votre
vraie petite sœur » (LT 258).
Et le Père Roulland ?
Elle l’entraîne lui aussi à sa suite sur la « petite voie »…
Après 13 ans de ministère en Chine, il est, à son grand regret, rappelé
en France pour y remplir un fécond ministère. Très discret sur les
faveurs que lui octroie Thérèse, il devient l’apôtre de sa vie et de
son message. Il décède en juin 1934, à 64 ans. « Je suis pour l’éternité
votre petite sœur » (LT 254), lui avait écrit Thérèse à la fin de sa
dernière lettre…
Que conclure ?
Peu avant son décès, Thérèse disait : « Quand je prie pour mes
frères missionnaires, "j’offre" pas mes souffrances, je dis
tout simplement : Mon Dieu, donnez-leur tout ce que je désire pour moi. »
(CJ 4.8.8)
Tout y est.
(1). Suzanne Vrai, Thérèse de Lisieux et ses frères missionnaires,
Médiaspaul, p.13.
(2). Id. p. 29.
Sr Francine, ocd
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