
Histoire d'une famille
Marie Martin
Marie, aînée de la famille et marraine de Thérèse, naît à Alençon
le 22 février 1860. Candide, droite, sincère, Marie a un caractère
volontaire et ses gestes d’indépendance ne se comptent pas.
Maîtresse de maison
Auprès de sa maman gravement atteinte, Marie va s’initier à la
fonction d’éducatrice et de maîtresse de maison. Au décès de sa mère,
elle prend charge du foyer, elle a 17 ans.
Pauline, le 2 octobre 1882, entre au Carmel de Lisieux. Thérèse ne peut
résister au choc de ce départ : elle tombe malade. Marie déploie alors
toutes les ressources de sa tendresse. C’est à « sa ferveur de mère qui
demande la vie de son enfant » que Thérèse se dit redevable de la grâce
du 13 mai 1883 : le sourire de la Sainte Vierge qui la guérit.
Quand Marie annonce son projet d’être carmélite, son père est plus
que surpris : ce tempérament si ennemi du conformisme qui parle de s’enfermer
dans un cloître ! Le Père Pichon s.j., directeur spirituel de Marie, n’hésite
pas, et Marie rejoint Pauline au Carmel le 15 octobre 1886.
Au Carmel avec Thérèse
De ses premiers pas au monastère Marie racontera plus tard : « Je ne
pensais même pas au bonheur d’être avec Pauline. Je ne pensais qu’à
me demander comment je ferais pour passer ma vie entre ces quatre murs ! »
Marie n’arrive pas au noviciat éprise de contemplation et d’ascétisme
; l’acclimatation ne sera pas des plus faciles... mais Jésus l’a
séduite ! Son postulat achevé, elle reçoit l’habit et prend le nom de
Marie du Sacré-Cœur.
Quand Thérèse rejoint ses sœurs au Carmel le 9 avril 1888, quelques
semaines avant la profession de sa marraine, celle-ci est désignée pour l’initier
aux usages de la vie commune. Dans un billet à son père, Marie campe les
traits des deux sœurs réunies au même noviciat : « Ta Reine, une
perfection digne de son Roi. Pour moi, hélas ! je suis toujours le
"diamant" dur à travailler. »
Les écrits de Thérèse
Marie est une femme indépendante et pratique, elle n’entend pas courir
au-devant de l’holocauste ni jouer à la grande âme.
Quand Thérèse prononce son acte d’offrande à l’Amour, elle veut y
associer son aînée ; celle-ci lui répond aussitôt : « Bien sûr que non ; j’ai trop peur que le bon Dieu me prenne au mot ! »
Marie qui ne se piquait pas de haute spiritualité et se voulait plus que
tout libre et vraie, eut l’intuition plus que ses sœurs des richesses
spirituelles de Thérèse. C’est elle qui suggère à Mère Agnès de
demander à Thérèse la rédaction de ses souvenirs : le Manuscrit A. C’est
elle aussi qui demande un souvenir de retraite : le manuscrit B, et provoque
l’admirable lettre 197, charte de l’enfance spirituelle. Enfin, elle
sollicite de Thérèse le long poème « Pourquoi je t’aime, ô Marie. »
Marie n’a nul souci de se faire valoir et n’éprouve aucune amertume
d’être toujours à l’écart des postes de responsabilité. Son désir
est de se dévouer dans l’effacement, d’être proche des malades, des sœurs
converses, ses préférées. De ses petits côtés de caractère elle dit :
« C’est une carapace trop dure pour que je puisse m’en débarrasser ! ». Elle éprouve l’impuissance dans la prière et voit s’écrouler ses
grands rêves de sainteté...
À travers cette expérience de pauvreté, elle approfondit les secrets
de « la petite voie » : « Je ne puis m’appuyer sur moi-même et je
donne au bon Dieu le plaisir d’exercer sa miséricorde envers moi. Alors
je puis être heureuse d’être imparfaite. »
Ma richesse, c’est ma misère
Marie est prête pour l’ultime étape, celle de la totale liberté dans
la voie de l’amour, quand l’ankylose lui enlève la liberté de
mouvement. L’« indépendante » se voit placée plusieurs années durant,
dans un état de sujétion qui la livre totalement à l’œuvre du salut du
monde. Le salut des âmes sera jusqu’au bout sa passion, son tourment, sa
raison de vivre...
La perspective de la mort ne l’effraie pas. Dans la plus entière
sérénité, elle répond à l’appel de l’Époux le 19 janvier 1940 et s’unit
à Lui dans le Royaume de l’éternelle liberté.
Laurent Grimard / Trois-Rivières
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