Histoire d’une famille :
Pauline Martin
En route vers le Carmel
Petite fille espiègle, taquine, caressante, Pauline est confiée dès l’âge
de sept ans à sa tante, Sœur Marie-Dosithée, comme pensionnaire à la
Visitation du Mans. À l’école de François de Sales, Pauline se dispose
à entendre déjà l’appel du Seigneur pour une consécration totale dans
l’abandon et l’humilité.
« Perle fine » : ce surnom affectueux donné par M. Martin à sa
deuxième fille, campe déjà la personnalité riche et forte, audacieuse et
douce, sensible et affectueuse de celle qui sera la «petite mère », non
seulement de Thérèse, mais aussi de ses autres sœurs.
Après le décès de sa maman, Pauline collabore avec Marie à la bonne
marche du foyer et à l’éducation de ses plus jeunes sœurs. Quand vient
pour Thérèse le moment de poursuivre ses études chez les bénédictines
de Lisieux, Pauline juge que le temps est venu pour elle d’entrer au
Carmel. Mais Thérèse ne peut supporter ce nouveau choc que constitue le
départ de sa seconde maman ; elle est atteinte d’une étrange maladie
dont la délivrera plus tard le sourire de la Sainte Vierge.
Premières années au Carmel
Pauline entre au monastère le 2 octobre 1882; elle y reçoit le nom de Sœur
Agnès de Jésus.
Sœur Agnès, de son cloître, continue de former, de soutenir, et de
conseiller Thérèse, en particulier dans le très dur combat qu’elle doit
mener pour obtenir d’entrer au Carmel à 15 ans. Quand Thérèse entre au
Carmel le 9 avril 1888, Pauline s’attend-elle à poursuivre sa «mission
» auprès d’elle ? Dans cette situation délicate, Thérèse saura, avec
une étonnante maturité et un tact admirable, donner à sa « petite mère
» l’affection qu’elle désire, tout en se référant dans la foi à la
prieure et à la maîtresse des novices pour tout ce qui concerne son
initiation à la vie du Carmel.
Consacrée « petite mère »
Sœur Agnès n’a que 32 ans quand elle est élue prieure le 20 février
1893. Petite de taille, timide, facile à émouvoir, elle doit surmonter une
certaine faiblesse de santé. La jeune prieure apparaît sur les photos
calme et sérieuse, femme d’écoute, capable de faire face aux
événements et aux interrogations. Sa vive sensibilité est équilibrée
par une vie spirituelle profonde et un grand esprit de foi.
Durant ce triennat, Sœur Agnès accueille au monastère Céline, la
quatrième sœur Martin, et sa cousine Marie Guérin : situation unique dans
l’histoire du Carmel, qui exige beaucoup de doigté de la part de la
prieure. De plus elle confie officieusement à Thérèse la responsabilité
du noviciat.
En 1896, après des élections difficiles, Mère Marie de Gonzague
reprend la charge de prieure et Sœur Agnès est ainsi rendue plus libre
pour remplir sa « mission » auprès de Thérèse dans les derniers mois de
sa vie et dans les débuts de l’« ouragan de gloire ». Bref moment de
répit dans un itinéraire lourd de responsabilités.
Au service d’une sainte
Mère Agnès est réélue prieure en 1902 au moment où, l’"Histoire
d’une âme" étant publiée, se précise la perspective de la
béatification de Thérèse. Et, en 1923, par un privilège exceptionnel,
Mère Agnès est nommée « prieure à vie » par le pape Pie XI.
Malgré l’avalanche du courrier, le flot des visiteurs, les fêtes
successives de la béatification et de la canonisation, Mère Agnès
réussit à maintenir dans sa communauté le climat de solitude et de
silence nécessaire pour une véritable vie contemplative.
Au sein de tant de gloire, nous retenons de sa part, ce mot à saveur
thérésienne : « Plus c’est grand, plus j’aime la petitesse. »
Dépositaire de l’héritage de Thérèse, elle devient un point de
référence vers lequel se tournent les papes Pie XI et Pie XII qui la
consultent, ainsi que les fondateurs de la Mission de France pour la
nouvelle évangélisation, et les initiateurs du Centre de pèlerinage qui
commencent à Lisieux la construction de la Basilique.
Après la grande tourmente de la guerre avec les redoutables
bombardements sur Lisieux en 1944, Mère Agnès achève dans la paix sa
longue carrière et retourne doucement dans la Maison du Père le 28 juillet
1951.
« Petit héraut » de Thérèse
Dans sa longue vie de 89 ans, Pauline aura laissé une marque
ineffaçable sur tout ce qui concerne la vie, les écrits, et la
glorification de sainte Thérèse. C’est à elle que nous devons les
Manuscrits autobiographiques de Thérèse ainsi que les Derniers Entretiens.
Ses dépositions denses et très précises aux Procès de béatification et
de canonisation sont une mine de renseignements.
Laurent Grimard / Trois-Rivières
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