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Thérèse :
sa foi, son ciel

La foi thérésienne est en effet destinée, dans son expression, à notre temps. Thérèse, « la plus grande sainte des temps modernes », n’est pas simplement une médiatrice du Ciel, elle est, si j’ose dire, une voix même du Ciel qui nous parle encore aujourd’hui, entre technicité et angoisse existentielle, crise du sens et désespoir d’un monde déjà post-post-moderne... Thérèse est au diapason de nos espoirs et de nos angoisses car sa mentalité est déjà la nôtre.

 

La foi

Thérèse est bien fille du Carmel et de saint Jean de la Croix. Elle a soif d’absolu. Tout de suite... Amoureuse, audacieuse, elle a soif de Dieu, elle a soif de la vie et de son secret : « Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensées pour exprimer un je ne sais quoi que nous sentons dans notre âme ! » (LT 124)

Et cette jeune fille qui s’interroge sur le « je ne sais quoi » de la vie et de tous ses mystères, veut avant tout vivre d’amour. C’est bien là l’unique but de Thérèse : aimer !

La Foi bientôt déchirera son voile
 Mon Espérance est de te voir un jour 
La Charité enfle et pousse ma voile 
Je vis d’Amour !... 
(PN 17)

Si la foi est pour elle la modalité de l’amour sur cette terre, Thérèse n’en aspire pas moins à la jouissance du Ciel. Ce Ciel, c’est Jésus lui-même, et Thérèse aspire à la jouissance du Ciel, d’être enfin avec son bien-aimé.

La vie de foi lui donne déjà cet amour... mais dans « l’ombre ».

La foi de Thérèse est enracinée dans la certitude secrète et cachée de posséder déjà le trésor du Ciel. Cette foi ira jusqu’au feu d’une grande épreuve dans les dernières années de sa vie. D’affreuses pensées l’obsèdent... Elle subit un véritable tourment mais elle ne cesse d’offrir ces peines pour obtenir la lumière de la foi aux incroyants.

Le ciel

Thérèse a une si haute idée du Ciel, qu’elle ne souhaite à aucun prix d’autre jouissance que celle du Ciel absolu : « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai ! mais pour être avec lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre. » (CJ 15.5.7)

Thérèse se réfugie dans une attitude toute mariale de pauvreté et d’abandon.

Pour la plupart d’entre nous, le Ciel que nous espérons est certes le Ciel de Dieu. Il est un lieu de bonheur où finalement nous serons heureux avec Dieu sans pour autant disparaître entièrement. Il est le plus souvent un lieu de réconciliation et de repos éternel. Thérèse ne désavoue pas un tel Ciel.

 

Le Cœur de Dieu,
le ciel de Thérèse

Pourtant, Thérèse a deviné, en contemplant Marie, que le Ciel était bien autre chose. Le Ciel de Thérèse c’est le Cœur de Dieu lui-même. Et ce Cœur est douloureux. Oserai-je parler d’une souffrance du Ciel ? D’une souffrance du Cœur de Dieu ? C’est bien ce que Thérèse a pressenti au sein de son épreuve de la foi. Sa foi veut rejoindre la douleur de Dieu et elle seule. Voilà sa béatitude :

« Malgré cette épreuve qui m’enlève toute jouissance, je puis cependant m’écrier : "Seigneur vous me comblez de joie par tout ce que vous faites." Car est-il une joie plus grande que celle de souffrir pour votre amour ? [...] Jamais je n’ai si bien senti combien le Seigneur est doux et miséricordieux. » (Ms C, 7r°)

Ainsi, bien orientée vers une vision surnaturelle du Ciel, plongée dans le Christ, Thérèse peut sans cesse ouvrir sa foi à la mission. Thérèse a toujours eu, si j’ose dire, cet élan missionnaire (cf. Pranzini, son premier enfant), mais c’est à travers son épreuve de la foi qu’elle découvre le véritable sens et la portée missionnaires de cette épreuve.

P. Pierre Éliane, ocd

 

 
 
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