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L’Amour, j’en ai l’expérience Du bien, du mal qu’il trouve en moi Sait profiter – quelle puissance ! – Il transforme mon âme en soi. (PN 30, 3) |
Aucun repliement stérile sur elle-même, mais l’art d’utiliser sa faiblesse au profit de l’Être aimé : « Nous ne sommes pas des saints qui pleurons nos péchés ; nous nous réjouissons de ce qu’ils servent à glorifier la miséricorde du bon Dieu. » (LT 243, note 2 de Oeuvres Complètes)
Un trait de la petite enfance de Thérèse est très éloquent et annonce en quelque sorte son attitude filiale avec Dieu. Madame Martin raconte l’épisode à Pauline, pensionnaire à la Visitation du Mans, dans une lettre du 13 février 1877 : un certain matin, la benjamine a voulu jouer à l’enfant gâté, « ... je n’étais rien moins que contente, et le lui fis sentir... bientôt à ma grande surprise, je l’aperçois à mes côtés. Elle était sortie toute seule de son petit lit, avait descendu l’escalier pieds nus, embarrassée dans sa chemise de nuit plus longue qu’elle. Son petit visage était couvert de larmes : « Maman, me dit-elle, en se jetant à mes genoux, Maman, j’ai été méchante, pardonne-moi ! » Le pardon fut vite accordé. Je pris mon chérubin dans mes bras, le pressant sur mon cœur et le couvrant de baisers.
Quand elle s’est vue si bien reçue, elle m’a dit : « Oh ! Maman, si tu voulais m’emmailloter comme quand j’étais petite ! Je mangerais mon chocolat ici à table. » Je me suis donné la peine d’aller chercher sa couverture, puis je l’ai emmaillotée comme quand elle était petite. J’avais l’air de jouer à la poupée. » (Correspondance familiale, p. 360)
Est-ce le souvenir de cet épisode qui inspire à Thérèse la parabole qu’elle adresse à l’abbé Bellière, son frère spirituel ? « Je suppose qu’un père ait deux enfants espiègles et désobéissants, et que venant pour les punir il en voie un qui tremble et s’éloigne de lui avec terreur, ayant pourtant au fond du cœur le sentiment qu’il mérite d’être puni ; et que son frère, au contraire, se jette dans les bras du père en disant qu’il regrette de lui avoir fait de la peine, qu’il l’aime et que, pour le prouver, il sera sage désormais, puis si cet enfant demande à son père de le punir par un baiser, je ne crois pas que le cœur de l’heureux père puisse résister à la confiance filiale de son enfant dont il connaît la sincérité et l’amour. Il n’ignore pas cependant que plus d’une fois son fils retombera dans les mêmes fautes, mais il est disposé à lui pardonner toujours, si toujours son fils le prend par le cœur. Je ne vous dis rien du premier enfant, vous devez comprendre si son père peut l’aimer autant et le traiter avec la même indulgence que l’autre. » (LT 258 ; cf. LT 191)
Thérèse a perçu avec acuité « que le Bon Dieu est bien meilleur qu’on le croit .» (LT 191) : « Le souvenir de mes fautes m’humilie, me porte à ne jamais m’appuyer sur ma force qui n’est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour. » (LT 247)
Trois mois avant le décès de sa jeune sœur, Mère Agnès lui confie les pensées de tristesse et de découragement qui l’envahissent après une faute, la malade lui répond : « Vous ne faites pas comme moi. Quand j’ai commis une faute qui me rend triste, je sais bien que cette tristesse est la conséquence de mon infidélité. Mais, croyez-vous que j’en reste là ? Oh ! non, pas si sotte ! Je m’empresse de dire au bon Dieu : Mon Dieu, je sais que ce sentiment de tristesse, je l’ai mérité, mais laissez-moi vous l’offrir tout de même, comme une épreuve que vous m’envoyez par amour. Je regrette mon péché, mais je suis contente d’avoir cette souffrance à vous offrir. » (CJ 3.7.2)
Deux jours plus tard, elle revient sur le même sujet : « Il m’arrive bien aussi des faiblesses, mais je m’en réjouis. Je ne me mets pas toujours non plus au dessus des riens de la terre ; par exemple, je serai taquinée d’une sottise que j’aurai dite ou faite. Alors je rentre en moi-même et je me dis : Hélas ! j’en suis donc encore au même point comme autrefois ! Mais je me dis cela avec une grande douceur et sans tristesse. C’est si doux de se sentir faible et petit ! » (CJ 5.7.1)
La prochaine fois, Thérèse nous fera entrevoir comment elle conjugue « faiblesse » et « désirs plus grands que l’univers » (Ms B, 3).
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