Le Carmel au Québec


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L'infini du désir
dans la totale impuissance

Au ras des paquerettes

 

Maîtresse et disciple

La responsabilité, non officielle mais effective, du noviciat fut confiée à sœur Thérèse, dès 1893. Cet événement a joué un rôle prépondérant dans l’approfondissement et la formulation de la « petite doctrine ».

Les toutes premières bénéficiaires de l’enseignement et de l’exemple vivant de Thérèse sont sûrement les novices qui eurent le privilège de l’avoir comme formatrice. Sœur Marie de la Trinité est l’une d’elles : une jeune parisienne primesautière, un « lapin de garenne » (LT 167), dont les allures quelque peu gamines déconcertent les sœurs aînées. Mais, « sans (sa) présence au Carmel de Lisieux, Thérèse n’aurait pas pris une conscience aussi vive de l’originalité de sa "petite doctrine". Chacun sait que l’on comprend beaucoup mieux ce qu’on a l’occasion d’enseigner. » (Une novice de sainte Thérèse, p. 10)

 

L’ascenseur
et ... le petit pied

Après l’« entrée dans la Vie » de Thérèse, les décades se succèdent, mais Sœur Marie de la Trinité « n’oublie pas l’héroïsme avec lequel sa jeune maîtresse a vécu le désir d’aimer Dieu en toutes choses. Elle veut se laisser entraîner par son exemple. Comme Thérèse, elle ne pense pas pouvoir monter, par ses propres forces, l’escalier de la perfection : ce sont les bras de Jésus, "l’ascenseur", qui la transporteront jusqu’au sommet. » (Idem, p. 162)

Il ne s’agit en aucune façon de l’apathie qui renonce à tout effort humain.

Thérèse l’a très bien précisé à la jeune sœur dans la parabole devenue célèbre : « Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence à se tenir debout, mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut d’un escalier pour retrouver sa maman, il lève son petit pied afin de monter la première marche. Peine inutile ! Il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien ! consentez à être ce petit enfant : par la pratique de toutes les vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l’escalier de la sainteté. Vous n’arriverez même pas à monter la première marche, mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté. Du haut de cet escalier, Il vous regarde avec amour. Bientôt, vaincu par vos efforts inutiles, Il descendra Lui-même et, vous prenant dans ses bras, vous emportera pour toujours dans son royaume où vous ne Le quitterez plus. Mais si vous cessez de lever votre petit pied, Il vous laissera longtemps sur la terre. » (Idem, p. 110-111)

Une autre fois, la novice se lamente de n’avoir pas de force et d’énergie pour pratiquer la vertu ; elle s’entend dire : « Et si le bon Dieu vous veut faible et impuissante comme une enfant, croyez-vous que vous aurez moins de mérite ?... Consentez donc à trébucher à chaque pas, à tomber même, à porter vos croix faiblement, aimez votre impuissance ; votre âme en retirera plus de profit que si, portée par la grâce, vous accomplissiez avec élan des actions héroïques qui rempliraient votre âme de satisfaction personnelle et d’orgueil. » (Idem, p. 109-110)

Dans une occasion, Thérèse lui répond : « Vous voilà encore sortie de la "Petite Voie" ! La peine qui abat et décourage vient de l’amour-propre ; la peine surnaturelle relève le courage, donne un nouvel élan pour le bien. On est heureux de se sentir faible et misérable parce que, plus on le reconnaît humblement, attendant tout gratuitement du bon Dieu sans aucun mérite de notre part, plus le bon Dieu s’abaisse vers nous pour nous combler de ses dons avec magnificence. » (Idem, p. 110)

De la mort subite,
ne me délivre pas, Seigneur.

Marie a bien assimilé ces recommandations. En 1911, elle écrit, non sans humour, à une carmélite : « Oh ! que je voudrais tomber sur le champ de bataille, les armes à la main ! C’est la mort que j’ambitionne, celle qui m’effraie le moins, et vraiment je ne comprends pas qu’elle soit si peu enviée des âmes qui sont, comme nous, toutes au bon Dieu. Je ne vois pas ce qu’a de si attrayant de mourir de maladie ? On est abrutie plusieurs mois d’avance sans pouvoir prier ni souffler... Moi, j’aime mieux me trouver tout d’un coup, sans savoir comment, dans les bras du bon Dieu, prise par lui au dépourvu dans n’importe quel acte de ma vie religieuse. Toutes les actions que je fais ne sont-elles pas pour Lui ? Je travaille à chaque instant à mieux faire pour son amour. Eh bien ! j’ai confiance qu’Il aura pitié de ma bonne volonté et m’emportera avec Lui au moment où Il me trouvera le mieux disposée ; Lui, qui m’aime infiniment plus encore que je l’aime, ne me jouera jamais le tour de me prendre dans une imperfection, encore moins dans un péché ! Oh non ! son Amour miséricordieux auquel je me suis livrée n’en est pas capable !» (Idem, p. 79)

Disciple fervente de sa sainte, Marie de la Trinité ne l’a jamais imitée de manière servile. De façon très personnelle, l’ancienne novice de Thérèse a intériorisé les leçons de son guide.

Tant il est vrai que sur la « Petite Voie » de la confiance et de l’amour, chacune et chacun doivent courir à leur rythme et dans un style original (cf. Idem, p. 173).

La même chance nous est offerte, ne la manquons pas.

 

Sr Jeannine, ocd / Trois-Rivières
 
La folle espérance À petite doses
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