Le Carmel au Québec


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L'infini du désir
dans la totale impuissance

 

En plein vent

Le 17 octobre 1895, alors que Thérèse est « au lavage bien occupée de son travail » (Ms C, 31v), Mère Agnès de Jésus la prenant à l’écart lui confie son premier frère spirituel, l’abbé Maurice Bellière, jeune séminariste aspirant missionnaire. Il sera sur mer vers Alger, en route pour le noviciat des Pères Blancs d’Afrique, lorsque Thérèse expirera au soir du 30 septembre 1897. Celle-ci lui aura écrit onze lettres et s’épuisera littéralement à lui adresser les dernières d’une main défaillante.

 

« Ce soldat... si fringant »

A six semaines de son « entrée dans la vie » (LT 244), Thérèse regarde, suspendue aux rideaux de son lit, la photographie de son « petit frère », et constate : « A ce soldat-là qui a l’air si fringant, je donne des conseils tout comme à une petite fille ! Je lui indique la voie de l’amour et de la confiance. » (CJ 12.8.2)

C’est que le jeune séminariste, quelque peu tributaire des épreuves de sa jeunesse, est « peu habitué aux choses surnaturelles » (LT 261), et sa correspondante a fort à faire pour l’incliner à utiliser ses impuissances comme tremplin de ses désirs, elle se fait pressante pour lui affirmer : « (Jésus) a depuis longtemps oublié vos infidélités, seuls vos désirs de perfection sont présents pour réjouir son cœur. Je vous en supplie, ne vous traînez plus à ses pieds, suivez ce premier élan qui vous entraîne dans ses bras, c’est là votre place, et j’ai constaté plus encore que dans vos autres lettres qu’il vous est interdit d’aller au Ciel par une autre voie que celle de votre pauvre petite sœur. » (LT 261)

Quelques lignes plus bas, elle insiste à nouveau : « Ah ! mon frère, que la bonté, l’amour miséricordieux de Jésus sont peu connus !... Il est vrai que pour jouir de ces trésors, il faut s’humilier, reconnaître son néant, et voilà ce que beaucoup d’âmes ne veulent pas faire, mais, mon petit frère, ce n’est pas ainsi que vous agissez, aussi la voie de la confiance simple et amoureuse est bien faite pour vous. » (LT 261)

C’est à Mère Marie de Gonzague, le 30 mai 1896, que Thérèse doit la joie renouvelée, en même temps que la responsabilité spirituelle, d’un second frère, le Père Adolphe Roulland, des Missions Étrangères de Paris. Il célèbre une de ses premières messes au Carmel de Lisieux, le 3 juillet 1896 et s’embarque pour la Chine. Il bénéficiera de six lettres de sa correspondante.

« Cette justice fait le sujet de ma joie »

A la suite de l’assassinat du jeune Père Frédéric Mazel, collègue du Père Roulland, par des pillards chinois, celui-ci fait part à Thérèse des dangers qui le menacent, ainsi que ses confrères, et lui pose une question où perce l’incertitude : « (Si un sort identique à celui du Père Mazel nous était réservé) n’est-ce-pas que nous serions assez martyrs pour aller au Ciel ? » (LC 175)

Thérèse lui répond presque avec fougue comme si elle prenait la défense de Dieu lui-même : «Je ne comprends pas, mon frère, que vous paraissiez douter de votre entrée immédiate au Ciel si les infidèles vous ôtaient la vie. Je sais qu’il faut être bien pur pour paraître devant le Dieu de toute Sainteté, mais je sais aussi que le Seigneur est infiniment Juste et c’est cette justice qui effraye tant d’âmes qui fait le sujet de ma joie et de ma confiance. Être juste, ce n’est pas seulement exercer la sévérité pour punir les coupables, c’est encore reconnaître les intentions droites et récompenser la vertu. J’espère autant de la justice du Bon Dieu que de sa miséricorde. [...]

O mon Frère, comment douter que le Bon Dieu ne puisse ouvrir les portes de son royaume à ses enfants qui l’ont aimé jusqu’à tout sacrifier pour Lui ? Jésus avait bien raison de dire qu’il n’y a pas de plus grand amour que celui-là ! Comment donc se laisserait-Il vaincre en générosité ? Comment purifierait-Il dans les flammes du purgatoire des âmes consumées des feux de l’amour divin ? [...]

Voilà, mon Frère, ce que je pense de la justice du bon Dieu, ma voie est toute de confiance et d’amour ; je ne comprends pas les âmes qui ont peur d’un si tendre Ami. » (LT 226)

Comment résister à une telle conviction puisée dans l’expérience et plus encore dans l’Évangile ? Le rayonnement posthume de la sainte confirme sa confiance et... cela continue !

Bientôt, Thérèse nous confiera son « plus grand désir : mourir d’amour ».

 

Sr Jeannine, ocd / Trois-Rivières

 

 
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