|
L'infini du désir
dans la totale impuissance

Quand s'éclate l'amour
On obtient autant qu’on espère
La parution de "l’Histoire d’une Âme", l’année qui
suivit le décès de Thérèse, déclenche un déferlement de suppliques à
la petite Sœur de Lisieux, auxquelles le Ciel répond par des faveurs, des
guérisons intérieures et extérieures, voire des miracles.
Thérèse tient parole et... Dieu aussi ! N’avait-elle pas assuré : «
Il faudra que le bon Dieu fasse toutes mes volontés au Ciel, parce que je n’ai
jamais fait ma volonté sur la terre » (CJ 13.7.2) ? Elle confie un jour à
sa novice, Marie de la Trinité : « Mes désirs montent à l’infini... Ce
que le bon Dieu me réserve après ma mort, ce que je pressens de gloire et
d’amour dépasse tellement tout ce que l’on peut concevoir, que je suis
forcée, par moments, d’arrêter ma pensée. J’en ai comme le vertige.
» (CRM 94).
Dieu ne trompe pas l’attente de Thérèse, parce que Thérèse n’a
pas trompé l’attente de Dieu. Jésus lui-même n’a-t-il pas affirmé :
« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera,
lui aussi, les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes » (Jn
14.12) ?
Si nous feuilletons les sept volumes " Pluie de roses "
édités de 1900 à 1924, puis les Annales de Lisieux à la même rubrique,
nous avons le souffle coupé par l’afflux des témoignages ! Comment faire
un choix pour illustrer le « pouvoir » de Thérèse ? Il faut pourtant
prendre le risque de l’arbitraire.
Quand une sainte se venge d’un saint!
"L’Histoire d’une Âme" n’eut pas l’heur de plaire à
tout le monde, même dans l’Ordre du Carmel, mais la « petite sœur » n’a
rien perdu de son humour en franchissant le seuil de l’éternité, témoin
cette lettre d’un père carme polonais à la prieure du Carmel de Lisieux.
Monastère des Carmes Déchaussés, Wadourie
Autriche (Gallicie), 9 octobre 1902
Réparation
Très Révérende Mère,
L’inscription placée en tête de cette lettre indique mon devoir de
réparer une faute commise par moi envers votre petite sainte, sœur Thérèse
de l’Enfant-Jésus.
Il y a deux ou trois ans, quand on me présenta le manuscrit, avec
traduction en langue polonaise, de la vie de cette petite fleur du Carmel,
je me suis permis de faire la remarque que la langue de notre pays ne sied
aucunement au style de l’original, et que la lecture ne causerait que du
dégoût. C’était comme mettre un frein à l’apostolat de cette élue
de Dieu. Elle a dû prendre cela à cœur ; et en revanche, non seulement a
su agir de manière que la dite traduction fût mise à jour, mais de plus,
s’en est prise directement à ma personne.
Il y a une huitaine de jours, l’âme toute ballottée par les flots d’une
mer orageuse de peines intérieures, et ne sachant où trouver refuge pour s’abriter,
voilà que mon regard s’arrête sur le livre français de la vie de la sœur
vengeresse... Je l’ouvre, et je tombe sur la poésie : "Vivre d’amour".
Soudain, l’orage s’apaise, le calme revient, quelque chose d’ineffable
envahit tout mon être et me transforme de fond en comble. [...] Je dois
donc constater aujourd’hui que la promesse : «Je veux passer mon ciel à
faire du bien sur la terre... après ma mort, je ferai tomber une pluie de
roses », s’est réalisée en vérité.
(signé) Fr. Raphaël de St-Joseph, ocd, Vicaire provincial
(Pluie de roses # II, p.1)
Le Père Raphaël Kalinowski mourut en 1907, laissant une réputation non
équivoque de sainteté, authentifiée par Jean-Paul II, qui le canonisa le
17 novembre 1991.
Petite Reine
Est-ce une « rouerie » de normande ?
Pourquoi pas ! Voyez plutôt. Alors que les lexoviens sont assez
réticents à l’idée que leur compatriote puisse être canonisée, un
miracle a lieu sur la tombe même de Thérèse le 26 mai 1908 ; qui plus
est, le Docteur Francis La Néele, — époux de Jeanne Guérin, cousine des
sœurs Martin — si peu favorable au lancement de la cause, fut bien obligé
de délivrer un certificat médical attestant la guérison ! (Thérèse et
Lisieux, 316)
En voici la teneur :
Reine Fauquet (4½ ans) commença à souffrir des yeux le 11 janvier
1906. Ses paupières étaient collées et renfermaient du pus, les yeux
étaient rouges et irrités. On la conduisit au docteur D., qui la soigna
pendant plus d’un an. Elle vit trois oculistes. Ceux-ci dirent à la mère
de ne pas leur ramener l’enfant, parce que ses yeux étaient perdus. Ils
étaient injectés de sang et couverts de taies. L’enfant souffrait
beaucoup, surtout la nuit. Elle ne voyait pas pour se conduire et ne
distinguait aucun objet placé devant elle. Elle tenait les yeux fermés et
portait des lunettes pour moins souffrir.
Une religieuse de la Providence, à Lisieux, conseilla à la mère de
demander la guérison de sa petite infirme à Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus
et de la porter sur sa tombe, en lui recommandant d’avoir d’autant plus
de confiance que sa fille s’appelait Reine, nom que M. Martin, père de Sœur
Thérèse, se plaisait à donner à celle-ci.
La mère hésitait. Elle se décida cependant. Le lendemain, 26 mai 1908,
avant-veille de l’Ascension, elle assista à la messe de six heures et
demie.
En rentrant chez elle, on lui apprend que sa fille a eu une crise de
souffrance plus forte que les autres. « Mets tes lunettes, puisqu’elles
te soulagent », dit la mère à la fillette. Mais celle-ci de s’écrier
toute joyeuse : « Maman, je n’en ai plus besoin, je vois aussi bien que
toi, à présent. » Alors la mère approche l’enfant de la fenêtre et
appelle son mari : « Regarde ta fille ! Tu te moquais de ma confiance, vois
ses yeux ! Elle est guérie ! ». En effet, les yeux grands ouverts n’étaient
plus rouges ; il n’y avait plus de pus, d’inflammation ni de taies, et l’enfant
voyait distinctement tout ce qui l’entourait.
[...] Cette maladie, très fréquente chez les enfants à constitution
faible et lymphatique, est caractérisée par des ulcérations de la
cornée... Elle ne peut guérir que très lentement, et elle laisse presque
toujours des traces indélébiles.
Lisieux, 7 décembre 1908
(Signé) Dr La Néele.
Sr Jeannine, ocd
|