Le Carmel au Québec


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L'infini du désir
dans la totale impuissance

«Comme une pluie de roses»

 

Le 9 juin 1897, sœur Marie du Sacré-Cœur dit à Thérèse combien elle et ses sœurs auront de peine après sa mort; la malade répond :

« Oh ! non, vous verrez... ce sera comme une pluie de roses... Après ma mort, vous irez du côté de la boîte aux lettres, vous y trouverez des consolations. » (PA p. 199)

Elle tint parole, la prophétie se réalise depuis lors...

Thérèse retourne en Italie...

... non plus en chemin de fer ! Le message qui se dégage du fait prodigieux survenu au Carmel de Gallipoli, ne découvre tout son impact que si l’on garde en mémoire une conversation de Thérèse avec Marie de la Trinité.

La jeune maîtresse s’informe si, après sa mort, sa disciple abandonnera la Petite Voie.

— « Sûrement non, proteste celle-ci, j’y crois si fermement que si le pape me disait que vous vous êtes trompée, je ne pourrais le croire. »

— « Oh ! reprit Thérèse, il faudrait croire le pape avant tout. Mais ne craignez pas qu’il vienne vous dire de changer de voie : je ne lui en laisserai pas le temps. Car si, en arrivant au Ciel, j’apprends que je vous ai induite en erreur, j’obtiendrai du Bon Dieu la permission de venir immédiatement vous en avertir. Jusque-là, croyez que ma voie est sûre et suivez-la fidèlement.» (CRM 19-20).

Le Carmel de Gallipoli était, en 1910, dans une situation matérielle de détresse qui confinait à la misère. Il était, de plus, harcelé par un créancier. La prieure avait eu l’inspiration de faire un triduum à la Sainte Trinité en prenant comme médiatrice sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Le triduum se terminait le 16 janvier.

Laissons la parole à Mgr Nicolas Giannattasio, évêque de Nardo (Italie), entendu comme témoin au procès informatif ordinaire en vue de la béatification de sœur Thérèse.

«La prieure nous raconta, à l’évêque de Gallipoli et à moi-même, qu’à l’aurore du 16 janvier 1910, elle était dans son lit. Assez souffrante d’une pleurésie, elle n’avait pas dormi de toute la nuit.

Il lui sembla que quelqu’un remontait les couvertures de son lit. Elle dit : « Ne faites pas cela, je suis toute en sueur ». Une voix répondit : « Ne craignez pas, ce n’est pas pour le mal, mais pour le bien, puis ajouta : Dieu se sert des êtres du Ciel comme de ceux de la terre : je vous apporte cinq cents livres pour subvenir aux besoins de la communauté. »

La prieure reprit : « La dette de la communauté n’est que de trois cents livres ». — « Eh bien, reprit la voix, vous garderez le reste pour les autres besoins. » La prieure objecta : « Je ne puis garder de l’argent dans ma cellule ». La voix répondit que l’on porterait cet argent hors de la cellule...

La prieure fut conduite par une carmélite rayonnant d’une lumière qui éclairait leur marche à travers les couloirs. Elles parvinrent à l’office du tour, où se trouvait un bureau avec des tiroirs et dans l’un d’eux une cassette de bois; la carmélite inconnue y déposa cinq cents livres en billets de la banque de Naples.

La prieure, très émue, crut d’abord à une apparition de sainte Thérèse d’Avila et s’écria : « O Santa Madre ! ». La vision répondit : « Je ne suis pas la "Santa Madre", je suis la Servante de Dieu sœur Thérèse de Lisieux. »

L’apparition, après avoir fait quelques caresses à la prieure, parut s’éloigner vers la porte de sortie. La prieure dit : « Attendez un instant, je vais vous conduire, car vous pourriez vous tromper, ne connaissant pas le chemin. »La vision répondit en propres termes : « Ma voie est sûre, et je ne me suis pas trompée en la suivant. »

Avec effort, la prieure se leva pour la messe. Après l’action de grâces, les deux sacristines remarquèrent sa pâleur. Pour calmer leur inquiétude elle leur raconta brièvement ce qui s’était passé, ajoutant : « il ne faut pas croire aux songes ».

Les religieuses insistèrent pour aller ouvrir la cassette, mais aucune d’elles n’ose le faire. La prieure, contrainte de le faire elle-même, y trouve en effet la somme de cinq cents livres.» (Procès informatif, Teresianum, p. 560 ss)

 

La guerre !

Quatre ans plus tard, c’est le déchaînement de la première guerre mondiale.

Si nous osions parler en termes de marketing, nous dirions que ces années tragiques furent pour Thérèse celles de sa plus grande publicité. Elle est partout : dans la boue des tranchées, au milieu des assauts meurtriers, sur mer, sur terre, soutenant les mourants, guérissant les corps aussi bien que les âmes, suspendant les tirs ennemis, écartant les projectiles, réconfortant les simples soldats comme les officiers.

Certains l’ont même « vue », d’autres ont senti sa présence, un nombre incalculable ont bénéficié de son secours.

En témoignent les milliers de lettres conservées aux archives du Carmel de Lisieux, de même que la clameur silencieuse des ex-voto qui tapissent les murs du monastère.

Voici un fait choisi au hasard. (Pluie de roses, tome 5, page 422) :

 

Du front, 10 septembre 1916

 

«Le jeudi 22 mai, jour de la Fête-Dieu, le feu de l’artillerie allemande était intense.

Dans ce danger pressant, j’invoquai Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, en qui j’ai la plus grande confiance, et son action fut vraiment miraculeuse, lorsque je reçus l’ordre de redescendre seul sur Verdun pour en ramener, le soir, le ravitaillement.

Je monte donc sur ma bicyclette, sursautant à travers les trous et les décombres.

J’arrive à la route, mais là se trouve le passage le plus terrible, étant le mieux repéré. Bientôt la mitraille m’enveloppe à tel point, que je me sens perdu ; je suis dans un océan de fer et de feu. Alors, dans ma détresse, je m’écrie avec une foi entière : « À moi, sœur Thérèse ! »

À peine avais-je prononcé ces paroles, que la sainte m’apparut tout à coup lumineuse et tout auréolée. De sa main puissante, elle arrêta subitement le tir de l’ennemi et plus un seul obus ne fut lancé jusqu’à mon entrée dans Verdun.

C’est avec joie que je publie ce fait extraordinaire, à la gloire de la petite Sœur Thérèse. La reconnaissance que je lui garde est sans limite.

C. de B..., cycliste au ... régiment d’infanterie.

 

Sr Jeannine, ocd

 

 
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