Le Carmel au Québec


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L'infini du désir
dans la totale impuissance

Enfin tout commence

Piste d’arrivée ou piste d’envol?

Le 29 septembre 1897, la veille de son « entrée dans la Vie », Thérèse affirme à sœur Geneviève : « Tout est dit, tout est accompli... » (PA 2415)

Il n’est pas téméraire de présumer que la malade fait explicitement allusion à la même parole de Jésus en Croix : « Tout est accompli » (Jn 19, 30).

Pour le Christ, la signification est obvie : Il vient de dire « J’ai soif ! » pour que « l’Écriture soit accomplie », ce qui répète solennellement ce qu’Il avait dit quelques heures plus tôt : «J’ai achevé l’œuvre que tu (le Père) m’avais donné à faire » (Id. 17, 4).

Chez Thérèse, le sens de son « Tout est accompli » est sensiblement le même.

En rédigeant le manuscrit « C » quelques mois auparavant, elle osait « emprunter les paroles que vous (Jésus) avez adressées au Père Céleste le dernier soir qui vous vit encore sur notre terre... » (Ms C, 34), aussi, transcrit-elle fidèlement : « j’ai accompli l’œuvre que vous m’avez donné à faire... »

Pour Thérèse, comme pour Jésus, le « Tout est accompli » est-il un point final sur des années uniquement employées à réaliser la volonté du Père ?

Il est important pour nous de bien interpréter leur pensée puisque nous désirons être leurs disciples.

Dans le film "Jésus de Nazareth" de Franco Zeffirelli, l’auteur du texte fait dire au personnage (fictif) Zérah, constatant que le tombeau scellé la veille et toute la nuit gardé, est vide : « C’est maintenant que cela commence. C’est en effet maintenant que tout va commencer... »

Effectivement, avec la Résurrection de Jésus, tout commence pour nous : « Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20), assure Jésus à ses apôtres et à nous tous.

Tout commence aussi pour nous, avec la glorification de Thérèse, elle l’a promis : « Je descendrai... » (CJ 13.7.3)

 

Ma vocation, c’est...

Un fait incontournable : qui que nous soyons, nous ne serons jamais une autre « Thérèse de l’Enfant-Jésus » ou son répondant masculin ! Dieu ne fait jamais de « copie conforme », Il a trop d’« imagination » ou ... trop d’humour ! Afin de parler plus sérieusement il faut dire : Il est trop Amour.

Une chose doit m’apparaître convaincante : j’ai toutes les qualifications requises pour être enrôlé(e) dans la légion que Thérèse entraîne au Ciel... sans passer par le purgatoire (ceci n’est pas de l’humour, nous y reviendrons plus bas).

Oui, d’accord pour l’impuissance, la faiblesse, la pauvreté voire l’infidélité ou le péché... mais les « désirs infinis », j’en suis loin !

Pour l’instant, me dira la Sainte, ne t’effarouche pas devant le qualificatif « infini ». Des désirs, et même de saints désirs, tu en as.

Sois bien à l’écoute de ton cœur ou plutôt de Celui qui parle à ton cœur, qui suscite en toi les désirs bons, généreux.

L’accueil que tu leur feras Lui permettra de les faire germer, de les faire croître, de les faire s’épanouir... à l’infini : « Il fait désirer ce qu’Il veut nous donner » (Cf. CJ 13.7.15).

Nos résistances, même si elles jouent leur rôle, ne sont pas le plus grand obstacle à cette œuvre de Dieu en nous.

La perception ou l’image que nous avons de Dieu, voilà l’agent corrosif de nos pensées et de notre agir. Thérèse l’a perçu et signalé.

Quel visage de Dieu ?

Le Père François de Sainte-Marie raconte (Manuscrits autobiographiques, Tome II, page 61) que « Thérèse essayait de communiquer sa confiance sur ce point (éviter le purgatoire) à ses sœurs, sans toujours y arriver parfaitement.

Sœur Marie-Philomène, l’une de ses contemporaines, lui ayant avoué un jour : "Je crains le purgatoire", la Sainte lui répondit en substance : "Ma Sœur Marie-Philomène, vous n’êtes pas assez confiante, vous avez trop peur du bon Dieu ; je vous assure qu’il en est affligé. [...] Dès lors que vous cherchez à lui plaire en tout, si vous avez la confiance inébranlable qu’il vous purifie à chaque instant dans son amour et ne laisse en vous aucune trace de péché, soyez bien sûre que vous n’irez pas en purgatoire."

« À Sœur Fébronie qui défendait les droits de la justice divine, Thérèse avait déclaré en une autre circonstance : "Ma Sœur, vous voulez de la justice de Dieu, vous aurez de la justice de Dieu. L’âme reçoit exactement ce qu’elle attend de Dieu." »

Un rêve que fit Thérèse après la mort de cette Mère, survenue le 4 janvier 1892, durant l’épidémie d’influenza, semble lui avoir donné raison.

Cette affirmation, que Thérèse a l’audace d’exprimer (elle a 19 ans !), est à retenir : « L’âme reçoit exactement ce qu’elle attend de Dieu ». Il se met pour ainsi dire à la merci de notre liberté, Il prend le visage que nous lui donnons.

Quel visage Dieu a-t-Il pour moi ? Est-ce que je Lui donne Sa mesure ou si je Le réduis à la mienne ?

Saint Jean nous dit dans sa première épître : « Dieu est Amour » (4, 8) ; ce n’est pas une définition, c’est son essence, l’Amour est son Être.

Quand Il s’abaisse vers nous, l’Amour s’appelle Miséricorde.

Ses désirs sur nous sont à la mesure de son infinité : la porte nous est ouverte aux désirs infinis : « Il nous fait désirer ce qu’Il veut nous donner ! » (Ms C, 31 ; LT 253)

« Ah ! si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent — ce que croit, ce que croit de Dieu — la plus petite de toutes, pas une ne désespérerait d’arriver au sommet de la montagne de l’amour. » (Ms B, 1v°)

Thérèse a ainsi le mot de la fin et... du commencement !

 

Sr Jeannine, ocd

 

 
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