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À moi, Dieu a donné sa
miséricorde infinie
De plus en plus, Thérèse était fascinée par la miséricorde infinie
du Père. Quelques mois avant de prononcer son Acte d’Offrande à l’Amour
Miséricordieux (juin 1895), Thérèse donnait forme à sa Petite Voie de l’Enfance
Spirituelle. Arrivée presqu’au sommet de sa vie, il lui devient clair que
l’appel du Seigneur l’attire dans ce sens de la miséricorde toute faite
de confiance : « À moi, dit-elle, Il a donné sa Miséricorde infinie »
(Ms A, 83v°).

Thérèse, un véritable
volcan d’Amour !
Thérèse avait déjà eu la grâce, étant jeune, d’avoir dans sa vie
une image de père un peu exceptionnelle (affectivement parlant). On comprend aisément qu’il lui ait été possible alors de projeter sur son
Dieu quelque chose de la tendresse dont elle avait été l’objet de la
part de monsieur Martin.
On saisit vite la résonance qu’avait sous sa plume et dans son cœur
son expression « Papa Bon Dieu ! » « Je voudrais L’aimer, L’aimer
plus qu’Il n’a jamais été aimé ! » ( LT 74 ) On peut dire qu’à
cet égard elle avait hérité du feu de la « Madre Teresa d’Avila » qui
disait qu’elle accepterait volontiers que certains soient plus saints qu’elle
au Ciel, mais que jamais ( ! ) elle ne tolérerait que quelqu’un d’autre
n’aimât Jésus plus qu’elle !!! Quelle belle parenté d’Amour ! Petite Thérèse disait que « l’Amour l’avait choisie » : « Il me
semble que si toutes les créatures avaient les mêmes grâces que moi, le
Bon Dieu ne serait craint de personne, mais aimé jusqu’à la folie, et
que par amour et non pas en tremblant, jamais aucune âme ne consentirait à
Lui faire de la peine. » (Ms A, 83v°) Oui, Thérèse est un véritable
volcan d’Amour !
L’Amour miséricordieux du Père
Ce en quoi Thérèse nous ressemble le plus, c’est au plan de son
impuissance native à devenir sainte... Elle apprend elle-même, et elle
nous l’enseigne, qu’il n’y a que Dieu qui puisse vraiment donner Dieu
à une âme. À un moment donné, elle est frappée par deux textes de l’Ancien
Testament :

« Si quelqu’un est TOUT PETIT,
qu’il vienne à moi. »
(Pr 9, 4)
« Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous
porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux. » (Is 66,
13.12)
Ces paroles furent pour Thérèse une révélation inouïe : « Ah !
jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon
âme. » (Ms C, 3r°)
Pour Thérèse, Dieu devient le plus tendre des pères doué d’un cœur
plus que maternel. Cela me fait penser à cette petite fille de la
catéchèse qui disait : « Le Bon Dieu, c’est un papa qui nous aime comme
une maman ! » Les Petits ont parfois le sens de la synthétisation
théologique !
Ainsi Thérèse se fait-elle toute proche de la Parole de Dieu qui nous
présente Jésus comme le Grand Prêtre miséricordieux (Hé 2, 17), lui qui
nous découvre le cœur miséricordieux de son Abba (papa) et du nôtre.
Saint Paul, de son côté, qualifie Dieu de « Père des miséricordes » (2
Co 1, 3). Or, est miséricordieux celui qui a le cœur ouvert à la misère
de... (misericor, en latin). Gustave Thibon écrit : « La miséricorde de
Dieu descend toujours plus bas que ne tombe la misère de l’homme».
Petite Thérèse, dans son impétueuse recherche de l’Absolu, débouche
en plein cœur de notre foi chrétienne... elle aboutit à l’Amour. Et l’Amour,
c’est Dieu (1 Jn 4, 8). Elle nous conduit avec elle directement à ce
Dieu-Amour : « Papa Bon Dieu ». Cet Amour-là la projette au cœur de l’Église...
qui est « Jésus continué ». C’est là que Thérèse découvre sa
mission ecclésiale : « Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour
» et « Aimer et faire Aimer l’Amour » ! Son amour fou pour Dieu
miséricorde lui fera écrire : « Oui je le sens, quand même j’aurais
sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais le cœur
brisé de repentir me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il
chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui. » (Ms C, 36v°)
Message à notre monde en mal de Dieu
Notre monde déboussolé, ce monde aux valeurs éclatées, notre monde en
mal de Dieu a besoin d’entendre le message de Petite Thérèse : il a
besoin d’être plongé dans l’Amour miséricordieux du Père. Oui,
dussé-je avoir sur la conscience tous les péchés du monde, j’irais me
jeter dans les bras de ce Père-là dont elle me parle avec tellement de
confiance. Nos contemporains ont peur de tout : peur d’eux-mêmes, peur de
la guerre, peur d’une débâcle économique possible, peur de la
pollution, peur du sida et du cancer, peur de la mort (en tout cas, plus qu’autrefois
!)... souvent même peur de Dieu. Oui, nous avons besoin d’un tel message
d’espérance.
Demandons à Petite Thérèse de nous prêter ses yeux amoureux : « On n’a
rien à craindre de cet Amour, on ne peut en attendre que de la miséricorde
! », nous dit-elle. Si l’on percevait son Dieu avec de tels yeux,
personne n’oserait prendre ses distances face à notre Dieu de
miséricorde.
P. Jean-Marc Gagnon, C.Ss.R. / E.V.I.R.
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