Le Carmel au Québec


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Missionnaire dans le cœur et dans l’âme

Depuis qu’elle a été nommée patronne des missions, en 1927, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus semble avoir été plutôt occupée ! Elle l’avait prévu d’ailleurs.

Aussi, est-il convenable de se demander aujourd’hui par quels tours et détours Dieu l’a ainsi préparée à une vocation internationale !

Notons tout de suite qu’au procès informatif ordinaire en vue de la béatification éventuelle de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et plus précisément à la session du 15 septembre 1910, une sœur de Thérèse, Céline, qui se fera elle-même carmélite en 1894, témoigne qu’avant d’entrer en communauté, Thérèse « pensa même se faire religieuse des missions étrangères ».

Toute jeune, celle-ci savoure les Annales missionnaires ; à 14 ans et selon un témoignage, recueilli cette fois au Procès Apostolique le 28 juillet 1915, la même Thérèse aurait réaffirmé que si elle entrait au Carmel, c’était dans le but missionnaire de sauver le plus d’âmes possible.

"Que notre part est belle !"

Au Carmel depuis 1888, Thérèse écrit à sa sœur, « ma Céline chérie », qu’en ce 15 août 1892, elle comprend de plus en plus la manière « maternelle » dont une Carmélite est missionnaire : «Notre mission comme Carmélites est de former des ouvriers évangéliques qui sauveront des milliers d’âmes dont nous serons les mères...

Céline, si ce n’était pas les paroles mêmes de notre Jésus, qui oserait y croire ?... Je trouve que notre part est bien belle, qu’avons-nous à envier aux prêtres ?...

Que je voudrais pouvoir te dire tout ce que je pense mais le temps me manque, comprends tout ce que je ne puis t’écrire !... »

A-t-elle trouvé dans la méditation du mystère trinitaire la source même de toute vocation missionnaire ?

Dieu en personne – le Père – n’a-t-il pas suscité la vie missionnaire en envoyant son Fils sur la terre, et le Fils uni au Père, en envoyant l’Esprit animer la jeune Église ?

Le même Dieu, un et trois, n’entend sûrement pas mettre de limites à la vocation missionnaire : « Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tim 2, 4).

À ce propos, l’Offrande de Thérèse du 9 juin 1895 ne laisse aucun doute sur le rapport qu’elle établit en son cœur entre la mission universelle qui sera la sienne et la vie trinitaire : « Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en délivrant celles qui souffrent dans le Purgatoire. » (Pri 6)

Elle irait faire un tour en enfer si elle s’écoutait ! Elle souhaite le ciel à tout le monde pour «consoler votre Cœur Sacré et sauver des âmes qui vous aimeront éternellement. » (Id.)

Être mère... différemment !

Missionnaire aujourd’hui au Carmel, ailleurs, au Ciel à jamais, éternellement.

Bien sûr, il y a différentes façons d’être mère des âmes.

Une carmélite contemplative ne pratique pas ce que Thérèse appelle la mission d’action, ni ce que nous appelons communément l’engagement apostolique sur le terrain qui, à l’époque, visait en tout premier les missions lointaines.

L’univers de Thérèse est autre.

Dans les années 1890 où elle lit Jean de la Croix, elle avoue, à Céline encore, être particulièrement touchée par une lecture de Jean 4, 35 à propos « des campagnes déjà assez blanches pour être moissonnées ».

L’Église, son Église, invite ainsi à regarder au loin, très loin. Tel est l’appel qu’elle discerne dans Actes 1, 8 : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. » L’Église est missionnaire de nature.

Missionnaire à Lisieux

Peut-être que sa sœur Céline ira missionnaire à l’étranger, en Indochine ? au Canada ? Le père Pichon, son directeur spirituel, est au Canada.

Mais Thérèse ? Sa santé est une indication évidente qu’elle sera missionnaire sur place, au Carmel, à Lisieux. Elle sait ce que cela veut dire : autre le semeur, autre le moissonneur et c’est Dieu qui fait croître.

Dieu l’attend et c’est par la prière et le sacrifice, comme toute bonne carmélite, qu’elle donnera sa vie aux prêtres et tout spécialement aux missionnaires.

« L’infirmière lui avait conseillé de faire tous les jours une petite promenade d’un quart d’heure dans le jardin.

Je la rencontrai marchant péniblement et pour ainsi dire à bout de forces. — "Vous feriez bien mieux, lui dis-je, de vous reposer, cette promenade ne peut vous faire aucun bien dans de pareilles conditions ; vous vous épuisez et c’est tout." — "C’est vrai, me répondit-elle, mais savez-vous ce qui me donne des forces ? Eh bien, je marche pour un missionnaire." » (Œuvres Complètes, p. 1182)

Elle priera particulièrement pour que ces prêtres, à coup de souffrances et de prédications, travaillent, dans leurs missions lointaines, à sauver les âmes.

Le jour où la Prieure du Carmel lui confie deux prêtres missionnaires, elle n’est que plus convaincue d’être missionnaire et apôtre. Comme d’habitude, de tout son cœur, elle y va largement !

« Ah ! malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes comme les Prophètes, les Docteurs, j’ai la vocation d’être Apôtre... je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais, ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Évangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées...

Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l’avoir été depuis la création du monde et l’être jusqu’à la consommation des siècles...

Mais je voudrais par-dessus tout, ô mon Bien-Aimé Sauveur, je voudrais verser mon sang pour toi jusqu’à la dernière goutte... » (Ms B, 3)

Autant de générosité ne pouvait que susciter l’enthousiasme des uns et des autres. De toutes façons, il suffirait d’écouter nos missionnaires d’expérience de retour au pays pour entendre toute une série de mots et d’anecdotes, de fioretti, qui signifient à quel point la confiance en Thérèse, patronne des missions, est grande. Encore aujourd’hui!

« J’aime pour ceux qui combattent. »

P. Benoît Lacroix, o.p.
 
Thérèse la mission et... toi Patronne des missions #1
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