L’oraison de Thérèse
Thérèse n’a pas écrit de traités sur la prière ou exposé de
méthodes d’oraison, mais avec elle, nous sommes vraiment au cœur de la
prière chrétienne : la relation d’amour et d’amitié avec Dieu, qui
va bien au-delà de toute méthode ou technique.
Prier, c’est aimer
La prière de Thérèse, c’est sa vie d’amour avec Dieu. Plus son cœur
est dilaté par l’Amour, plus son intimité avec Lui est continuelle et
féconde.
Une nuit de 1897 où la sainte, très malade, ne pouvait se reposer, sœur
Geneviève la trouva les mains jointes et les yeux levés au ciel : « Que
faites-vous ainsi, lui dit-elle, il faudrait essayer de dormir... Et que
dites-vous à Jésus ? Thérèse lui répond : Je ne lui dis rien, je l’aime. » (CSG, p. 193)
Être en communion d’amour avec Lui, tel est bien le centre de sa
prière. Le silence favorise cette union intime : « Mon Fiancé ne me dit
rien et moi je ne lui dis rien non plus sinon que je l’aime plus que
moi, et je sens au fond de mon cœur que c’est vrai car je suis plus à
Lui qu’à moi !... » (LT 110)
Aimer sur terre, voilà déjà le Ciel ! Les saints ont bien compris ce
feu divin qui transforme secrètement le monde : « Ce qu’Archimède n’a
pu obtenir, parce que sa demande ne s’adressait point à Dieu et qu’elle
n’était faite qu’au point de vue matériel, les Saints l’ont obtenu
[...] Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui : Lui-même et
Lui seul ; pour levier : l’oraison qui embrase d’un feu d’amour, et
c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde... » (Ms C, 36r°)
Un cœur d’enfant en amitié avec Dieu
Toute la vie de Thérèse est vigilance d’amour : « Mon Ciel est de
rester toujours en sa présence. » (PN 32, 4) « Pour moi la prière, c’est
un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un
cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein
de la joie ; enfin c’est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me
dilate l’âme et m’unit à Jésus. » (Ms C, 25r°)
Thérèse s’entretient simplement avec Lui à partir d’une lecture,
d’une prière, d’une intercession, du Notre Père, d’un regard sur
une image, etc. Elle se confie, Lui parle de ses besoins ou de ceux des
autres, de ses joies, de ses épreuves, de ses inquiétudes, de ce qui lui
tient à cœur.
Cet entretien familier culmine dans l’abandon confiant : « aux âmes
simples, il ne faut pas de moyens compliqués... » (Ms C, 33v°) «... je
dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de
belles phrases, et toujours Il me comprend...» (Ms C, 25r°)
Thérèse cherche à nous encourager dans ce chemin d’amitié avec
Dieu : « Je ne m’étonne en aucune façon que la pratique de la
familiarité avec Jésus vous semble un peu difficile à réaliser ; on ne
peut y arriver en un jour, mais j’en suis sûre, je vous aiderai
beaucoup plus à marcher par cette voie délicieuse quand je serai
délivrée de mon enveloppe mortelle, et bientôt comme St Augustin vous
direz : "L’amour est le poids qui m’entraîne". » (LT 258)
Le Dieu qui me désire
Si je pouvais scruter à fond ce Regard d’Amour de Dieu, j’y
verrais un Désir infini : celui de me rendre heureux, d’être en
communion avec moi. En effet, c’est Dieu qui m’aime le premier et me
prie de m’ouvrir à Lui. Quel choc salutaire quand je prends réellement
conscience que ce Dieu si humble vient quémander mon amour !
« C’est Lui qui veut notre amour, qui le mendie... Il se met pour
ainsi dire à notre merci, Il ne veut rien prendre sans que nous le lui
donnions, et la plus petite chose est précieuse à ses yeux divins... »
(LT 145)
Dieu me désire et suscite en moi le désir de Lui... Désir très
profond qui fait partie de ma personne dans ce qu’elle a de plus intime.
C’est ainsi que naît la prière où s’exprime le don de soi. D’où
l’importance de laisser Dieu me dégager de l’enchevêtrement de mes
désirs superficiels qui étouffent mon vrai désir.
Mes désirs ne peuvent jamais être satisfaits totalement. Ils sont le
signe de mon manque existentiel, de ma soif de l’Autre qui seul peut me
faire vivre.
Thérèse a mis toute son espérance en Lui, car elle sait que « Lui
seul peut remplir mes immenses désirs... » (Ms A, 81v°)
Entraînée par la prière du Christ
Plus Thérèse pénètre dans le mystère de la Rédemption, plus sa
soif du salut de tous augmente. Dans une identification grandissante à
Jésus, elle reprend à son compte la prière sacerdotale du Christ dans l’Évangile
de Jean : « Mon Père, je souhaite qu’où je serai, ceux que vous m’avez
donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez
aimés comme vous m’avez aimée moi-même. » (Ms C, 34v°)
Cette prière missionnaire rejoint celle du Ressuscité. En effet,
Celui-ci ne veut rien faire sans nous (cf. LT 135). Il nous associe à son
travail d’enfantement des fils et filles de Dieu.
Dans notre regard sur Dieu, nous rencontrons également Son Regard d’Amour
pour tous les hommes. Avec Thérèse, nous pouvons nous écrier :
Attire-moi, Seigneur, et j’entraînerai à ma suite une multitude d’âmes
pour Toi (cf. Ms C, 34r°). En effet, l’Amour divin dans nos cœurs ne peut
rester inactif : il engendre ou il n’est pas. Il nous rend solidaires de
tous nos frères pécheurs en attente de Miséricorde.
Toute prière chrétienne authentique communie nécessairement au
désir du Christ de rassembler tous les hommes et toutes les femmes en
Dieu. Elle ouvre à l’amour universel en nous faisant rencontrer le cœur
de Dieu.
Prier, c’est aimer avec le Cœur de Jésus. Notre regard en est à
jamais dilaté !
P. Ivan, ocd / Montréal
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