Le Carmel au Québec


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La petite voie
de Thérèse

 

C. Une petite voie toute nouvelle ?

 

Il est une question qu’on peut se poser et qui vous est sans doute venue à l’esprit.

Thérèse parle d’« une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. » (Ms C, 2v)

En quoi cette petite voie est-elle « toute nouvelle » ? Est-elle vraiment une nouveauté, une invention, un peu comme l’ascenseur à l’époque de Thérèse ?

On pourrait répondre que cette petite voie paraît nouvelle à Thérèse parce que, par-delà tous les auteurs spirituels, y compris ceux du Carmel, par-delà l’Imitation de Jésus-Christ qui l’a longtemps nourrie, Thérèse revient à l’Écriture sainte, à l’Évangile en particulier, où, dit-elle : « je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme » (Ms A, 83v).

Il s’agit donc, au moment où elle le fait, d’un retour très audacieux aux sources de l’Écriture sainte, de l’Évangile.

On pourrait répondre aussi que cette petite voie paraît nouvelle à Thérèse parce que, dans le climat spirituel de son temps, encore marqué par des influences du jansénisme ou du rigorisme moral, dans l’atmosphère du Carmel où on valorise les observances et l’aspect pénitentiel, la doctrine de la « petite voie », toute fondée sur la confiance en l’Amour Miséricordieux, fait contraste et apparaît insolite.

Ces réponses sont justes, mais elles sont insuffisantes.

Il faut aller plus loin, plus profond.

Il faut dire que la doctrine thérésienne de la petite voie est originale et qu’elle est nouvelle.

 

Elle est originale

Certes, avant Petite Thérèse, bien des auteurs spirituels ont parlé de l’enfance spirituelle, de la pauvreté spirituelle, de la confiance, de l’abandon à la Providence, de l’Amour de Dieu rédempteur, miséricordieux…

Mais chez Thérèse, nous avons une synthèse originale qui relie et ordonne toutes ces réalités pour présenter ainsi une voie d’enfance spirituelle fondée sur la confiance audacieuse en l’Amour Miséricordieux.

Pour user d’une image, il s’agit d’un miel qui a son arôme et sa saveur propres.

Thérèse a butiné diverses fleurs et composé ce miel original.

 

Elle est nouvelle

Dans toute l’histoire de la spiritualité chrétienne, même si elle a certains devanciers, Thérèse est la première à expliciter de manière aussi claire, nette, simple ce qui constitue l’essence de la sainteté chrétienne sans les aspects secondaires qui lui sont souvent rattachés dans l’hagiographie (comme les mortifications et pénitences rigoureuses, les extases, visions ou révélations, ou encore les dons charismatiques et les miracles) : l’amour qui peut être vécu en plénitude dans le cadre d’une vie ordinaire, avec des moyens d’expression très humbles.

Par le fait même, la doctrine de Thérèse met en lumière la sainteté de Jésus durant sa « vie cachée » à Nazareth, ou encore la sainteté de Marie qui a cheminé par la « voie commune » (PN 54).

De ce point de vue, la canonisation de Thérèse, appelée par Pie X : « la plus grande sainte des temps modernes », a une portée considérable : la « petite voie » est reconnue comme voie authentique de la plus haute sainteté dans l’Église. Et puisque Thérèse est proclamée Docteur de l’Église, c’est une reconnaissance officielle de ce qu’elle a apporté d’original et de nouveau dans l’Église par sa « petite voie ».

 

P. Jean-Philippe, ocd / France

 

 

 

 
 
 
 
Thérèse découvre la petite voie La parabole de l'escalier  
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